2035 voitures thermiques : ce que prévoit la réglementation française

2035 voitures thermiques : ce que prévoit la réglementation française

2035 est devenue une date totem. Pour certains, elle annonce la disparition programmée des voitures à essence et au diesel ; pour d’autres, elle ressemble à une échéance lointaine dont les contours restent flous. La réalité est plus précise — et moins brutale — que les slogans : la réglementation européenne vise les ventes de voitures neuves, pas l’ensemble des véhicules déjà en circulation. En France, ses effets dépendront aussi du prix des voitures électriques, du déploiement des bornes et des choix de chaque automobiliste.

Alors, que prévoit exactement la règle ? Que pourra-t-on encore acheter, conduire ou revendre ? Et que signifie, au juste, « la fin des voitures thermiques » ? Pour y voir clair, mieux vaut distinguer l’objectif fixé à l’échelle européenne de ses conséquences concrètes dans l’Hexagone.

Ce que prévoit réellement la réglementation

La date de 2035 vient d’un règlement de l’Union européenne adopté en 2023. Il impose aux constructeurs automobiles une réduction de 100 % des émissions de CO₂ des voitures et camionnettes neuves par rapport au niveau de référence de 2021. En pratique, cela signifie qu’à partir de 2035, les nouveaux véhicules concernés devront afficher des émissions de CO₂ nulles à l’échappement.

Le texte ne dit donc pas qu’une voiture thermique ne pourra plus rouler en 2035. Il fixe une exigence aux constructeurs pour les véhicules neufs mis sur le marché. La nuance est essentielle : la réglementation encadre le renouvellement du parc automobile, pas la disparition immédiate des voitures à essence ou au diesel déjà vendues.

Avant cette échéance, les constructeurs doivent déjà réduire leurs émissions. Pour les voitures neuves, l’objectif intermédiaire est une baisse de 55 % entre 2030 et 2034, toujours par rapport à 2021. Pour les camionnettes, la réduction demandée sur cette période est de 50 %. Ces étapes visent à accélérer la transformation du marché, plutôt qu’à attendre 2035 pour tout changer d’un coup.

Une règle européenne, appliquée en France

La France ne fixe pas seule la date de 2035 : elle s’inscrit dans le cadre commun de l’Union européenne. Le règlement concerne les émissions moyennes des véhicules neufs vendus par chaque constructeur. Il ne s’agit donc pas d’une interdiction française visant directement les particuliers qui possèdent une voiture thermique.

Cette distinction a des conséquences très concrètes. Un constructeur qui ne respecte pas ses objectifs peut être soumis à des sanctions financières. Pour éviter ce scénario, il doit faire évoluer les modèles qu’il propose, vendre davantage de véhicules peu émetteurs et adapter sa gamme. La réglementation agit ainsi sur l’offre automobile, tandis que les conducteurs choisissent parmi les modèles disponibles.

Les règles européennes peuvent toutefois évoluer : elles font l’objet de discussions et de réexamens politiques. Cela ne signifie pas que l’échéance est annulée. À ce stade, le cadre adopté prévoit bien l’objectif de 2035. Pour connaître la règle applicable au moment d’un achat, il est donc prudent de vérifier les informations officielles les plus récentes, notamment auprès des autorités françaises et européennes.

Les voitures thermiques déjà en circulation pourront-elles rouler ?

Oui. Le règlement européen de 2035 n’interdit pas la circulation des voitures thermiques déjà immatriculées. Si vous possédez une voiture à essence, au diesel ou hybride, la date de 2035 ne vous obligera pas, à elle seule, à la mettre au rebut. Son usage restera soumis aux règles habituelles : contrôle technique, assurance, entretien et restrictions éventuelles de circulation.

De même, la vente d’une voiture d’occasion thermique ne sera pas interdite par cette règle européenne. Un véhicule déjà immatriculé pourra être revendu, comme aujourd’hui. La vie d’une voiture ne s’arrête pas au jour où elle quitte une concession neuve : elle poursuit généralement sa route sur le marché de l’occasion, parfois pendant de nombreuses années.

Un exemple aide à dissiper le malentendu. Une automobiliste achète une voiture diesel d’occasion en 2034 et la conserve jusqu’en 2042. La réglementation européenne sur les ventes de véhicules neufs ne lui impose pas de la remplacer en 2035. En revanche, elle devra tenir compte d’autres éléments, comme le coût du carburant, l’entretien, la valeur de revente et les éventuelles règles locales de circulation.

Quelles motorisations sont concernées ?

La règle s’appuie sur les émissions de CO₂ mesurées à l’échappement. Les voitures à essence et au diesel en émettent lorsqu’elles roulent : elles sont donc concernées. Les hybrides classiques et les hybrides rechargeables utilisent, eux aussi, un moteur thermique. Dans le cadre de l’objectif de 2035, ils ne répondent pas à l’exigence d’émissions nulles à l’échappement lorsqu’ils fonctionnent avec leur moteur à carburant.

Les voitures électriques à batterie n’émettent pas de CO₂ à l’échappement pendant leur utilisation. C’est pourquoi elles occupent aujourd’hui une place centrale dans la stratégie des constructeurs. Les véhicules à hydrogène équipés d’une pile à combustible n’émettent également pas de CO₂ à l’échappement, même si leur bilan dépend de la manière dont l’hydrogène est produit.

Il faut donc distinguer les émissions à l’échappement du bilan climatique complet. La fabrication d’une voiture, la production de sa batterie, la production de l’électricité ou du carburant et la fin de vie du véhicule comptent également dans son empreinte environnementale. Le règlement sur les voitures neuves se concentre sur les émissions de CO₂ à l’échappement ; il ne prétend pas, à lui seul, résumer tout l’impact d’un véhicule.

Le cas des carburants de synthèse

Les carburants de synthèse, parfois appelés carburants de synthèse bas carbone, sont produits à partir de procédés industriels qui peuvent mobiliser de l’hydrogène et du CO₂. Leurs partisans avancent qu’ils pourraient permettre d’utiliser des moteurs thermiques tout en réduisant les émissions liées au carburant. Mais leur production demande de l’énergie, et leur disponibilité à grande échelle comme leur prix restent des enjeux majeurs.

Le débat autour de ces carburants a accompagné l’adoption de la réglementation européenne. Le cadre prévoit que la Commission travaille sur la possibilité d’autoriser, après 2035, des véhicules fonctionnant exclusivement avec des carburants neutres en CO₂ dans certaines conditions. Ce dossier ne doit pas être interprété comme une autorisation générale déjà acquise pour toutes les voitures thermiques neuves. Les modalités dépendent des décisions européennes et de leur traduction dans les textes applicables.

Autrement dit, mieux vaut se méfier des affirmations catégoriques du type « le moteur thermique est définitivement sauvé » ou « aucune exception ne sera jamais possible ». Le droit évolue par étapes, et les annonces politiques ne valent pas toujours règle en vigueur.

Ce que cela change pour un automobiliste français

Si vous devez acheter une voiture aujourd’hui, 2035 ne devrait pas être l’unique critère de décision. Votre situation compte davantage : distance parcourue, accès à une borne, budget, type de trajets, possibilité de recharger à domicile et durée prévue de conservation du véhicule. Une personne qui effectue de courts trajets quotidiens et dispose d’un stationnement équipé n’a pas les mêmes besoins qu’un conducteur parcourant régulièrement de longues distances sans accès facile à la recharge.

Pour un achat neuf, il est utile de comparer le coût total sur plusieurs années plutôt que le seul prix affiché. Il faut prendre en compte l’énergie, l’assurance, l’entretien, la décote et les aides éventuellement disponibles au moment de l’achat. Les dispositifs de soutien évoluent régulièrement : les conditions d’éligibilité et les montants doivent être vérifiés auprès des sources officielles avant de signer.

Pour un achat d’occasion, la réglementation de 2035 ne rend pas automatiquement une voiture thermique invendable. Toutefois, l’évolution de la demande, le prix des carburants et les restrictions locales peuvent affecter sa valeur et son usage. Acheter un véhicule, c’est aussi parier sur les conditions dans lesquelles on pourra le garder : mieux vaut examiner les règles de sa commune, notamment si l’on circule dans une zone à faibles émissions.

Ne pas confondre 2035 et les zones à faibles émissions

Les zones à faibles émissions, ou ZFE, sont un sujet distinct de la réglementation européenne sur les ventes de voitures neuves. Elles peuvent limiter la circulation de certains véhicules selon leur classement Crit’Air et les règles définies localement. Les calendriers et les modalités peuvent varier, et faire l’objet d’ajustements. Une voiture thermique autorisée à rouler en vertu des règles européennes peut donc rencontrer des restrictions dans une zone particulière.

Avant un déplacement ou un achat, il est préférable de consulter les informations de la collectivité concernée et le service officiel consacré à la vignette Crit’Air. La question n’est pas seulement « ma voiture pourra-t-elle encore rouler en France ? », mais aussi « pourra-t-elle circuler là où j’en ai besoin ? ». La réponse peut dépendre de l’adresse, de la catégorie du véhicule et de la date.

Les défis qui restent à résoudre

La transition vers des véhicules sans émissions à l’échappement soulève des questions très concrètes. Le prix d’achat reste un obstacle pour une partie des ménages. La recharge est plus simple pour ceux qui peuvent installer une borne chez eux que pour les habitants d’immeubles sans stationnement équipé. Sur les longs trajets, la disponibilité des bornes, leur puissance et leur fiabilité comptent autant que leur nombre.

Il faut aussi penser à la production des batteries, à l’approvisionnement en matériaux, au recyclage et à la décarbonation de l’électricité. Une voiture électrique n’est pas une réponse magique à tous les problèmes de transport. Elle constitue une option importante pour réduire les émissions à l’échappement, mais la mobilité de demain dépendra également des transports collectifs, du vélo, du covoiturage et de l’aménagement des villes.

La date de 2035 trace donc une direction, sans effacer d’un trait les réalités du quotidien. Elle concerne d’abord les voitures neuves et les choix industriels des constructeurs. Pour les automobilistes français, la question est moins de savoir si leur voiture actuelle sera bannie du jour au lendemain que d’anticiper les changements : prix, recharge, marché de l’occasion et règles locales. La transition se joue dans les textes, certes, mais aussi dans les trajets ordinaires — ceux qui relient le domicile au travail, l’école au supermarché, et les promesses politiques à la vie réelle.