Cabinet Sama Lukonde : PÂQUES SANS LA RÉSURRECTION DU GOUVERNEMENT

ACTUALITÉ POLITIQUE

Sama Lukonde battra-t-il le record de son prédécesseur Sylvestre Ilunga Ilunkamba ? Nommé le 20 mai 2018 après une longue attente, le professeur avait dû attendre le 27 août de la même année pour voir le président de la République valider son cabinet, soit plus de 3 mois d’épuisants conciliabules. Après avoir été reçu officiellement par le chef de l’État le jour de sa nomination le 15 février, Sama Lukonde se voulait optimiste sur la publication de son gouvernement avant la rentrée parlementaire du 15 mars passé. Le prenant aux mots, l’opinion publique qui piaffe d’impatience depuis le début de l’hibernation de l’exécutif le 23 octobre dernier y est allé de ses supputations, contraignant le haut représentant du président de la République Yezu Kitenge à une maladresse lorsqu’il déclara qu' »il n’y a pas de retard dans la publication du gouvernement parce qu’il n’y a pas de délai buttoir ». Pour la plupart des Congolais, Sama Lukonde s’était lui-même fixé un délai buttoir avant la rentrée parlementaire justifiant cette proactivité par l’urgence qu’il y avait de se mettre rapidement au travail pour soulager la souffrance du peuple. « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation », rectifiera plus tard le premier ministre à la sortie d’une audience avec le chef de l’État une semaine après la rentrée parlementaire. Le jour de son récent voyage pour le Qatar le 27 mars passé, l’opinion publique avait de nouveau été tenue en haleine pour la publication du nouveau gouvernement. Des confrères qui faisaient le pied de grue à la cité de l’Union africaine ne cessaient de signaler à la nuit tombée des va et viens du premier ministre dans le bureau du chef de l’État et l’arrivée en trombe du duo Kabuya-Kabund, respectivement secrétaire général et président a.i. du parti présidentiel. Malgré ce décor prémonitoire, aucune fumée blanche n’avait survolé le ciel du mont Ngaliema jusqu’au départ du convoi présidentiel à l’aéroport.

Se débrouillant comme il sait le faire pour tempérer l’impatience de l’opinion, Augustin Kabuya avait choisi un meeting populaire dans le mont Amba pour donner une explication prosaïque à ce énième report : »le premier ministre a fini son travail parce tous les regroupements politiques lui ont bel et bien transmis leurs listes. Mais si le chef de l’État a refusé de signer avant de s’envoler pour le Qatar, c’est parce qu’il n’y avait pas suffisamment de femmes. Vous savez que le président de la République est un grand défenseur de la parité. Quand ce problème de la représentation de la femme sera réglé, il va signer sans problème à son retour », s’était-il égausillé.

QU’EST-CE QUI BLOQUE RÉELLEMENT ?

9 jours après les explications d’Augustin Kabuya, l’heure est venue de se poser des vraies questions sur le retard pris dans la formation de l’équipe gouvernementale annoncée comme devant « se mettre à l’ouvrage au plus vite » par le président de la République lui-même lors de son adresse à la nation du 6 décembre 2020. Faut-il rappeler à cet égard que c’est depuis le 23 octobre 2020 que le chef de l’État avait suspendu les réunions du conseil des ministres en vue de requalifier la majorité parlementaire et de procéder à la formation d’un gouvernement davantage conforme à sa vision ? Cette majorité ayant été formellement obtenue avec l’Union sacrée de la nation qui dicte sa loi dans toutes les assemblées délibérantes du pays, d’où vient que les choses n’aillent pas plus vite comme prévu ? Les décideurs prennent-ils la juste mesure de la lassitude créée par cette longue attente et des conséquences fâcheuses qui peuvent en découler sur un quinquennat déjà mouvementé ?

Quelles que soient les réponses à apporter à ces interrogations, le fait est que le retard devenu injustifié dans la publication du gouvernement Sama Lukonde témoigne d’un malaise réel dans le saut vers l’inconnu réalisé tambours battants par l’Union sacrée. N’ayant aucune force contraignante par défaut de nature juridique et politique claire, la nouvelle majorité semble jusque là naviguer à vue au point qu’il devient difficile de gager sur la stabilité des institutions après la publication du gouvernement. Déjà des bruits de bottes se sont fait entendre ça et là avec des sociétaires d’envergure qui ne seraient plus en odeur de sainteté et qui voient planer sur eux le sort de Kamerhe ou Kabila. « Beaucoup s’avancent prudemment, craignant la réputation de l’UDPS de ne respecter ni les alliances, ni les alliés. La campagne de diabolisation de Katumbi et Bemba par les parlementaires debout de l’UDPS n’est pas un bon présage. Les têtes d’affiche de l’Union sacrée savent qu’elles passeront nécessairement par la persécution des combattants incontrôlés de l’UDPS. C’est ça le vrai problème. Impossible de construire un avenir commun dans ces conditions », soutient un haut cadre de l’AFDC de Bahati Lukwebo sous le sceau de l’anonymat. Car une chose est de publier un gouvernement, une autre est d’obtenir l’investiture de la représentation nationale, une autre encore est de s’assurer le soutien du parlement dans les réformes institutionnelles attendues. L’équation a désormais plusieurs inconnus dès lors que d’une majorité bipolaire FCC-CACH, on est passé à la majorité multipolaire de l’Union sacrée au sein de laquelle il est davantage difficile de concilier les intérêts des uns et des autres. C’est donc un véritable travail d’orfèvre que fait Sama Lukonde qui l’oblige à son corps défendant à prendre le temps nécessaire.

JBD

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