ÉDITORIAL : LA QUADRATURE DU CERCLE PARLEMENTAIRE

POLITIQUE

La principale leçon à retenir de la liquéfaction de la puissante majorité FCC dans les deux chambres parlementaires est que l’architecture politique et juridique en vigueur en République Démocratique du Congo n’est plus susceptible de garantir une stabilité des équilibres en présence dans toutes les assemblées délibérantes du pays. Car, malgré toutes les digues institutionnelles qui constituaient autant de garde-fous censés protéger la chasse gardée du FCC – dont les sociétaires avaient eu à cheminer ensemble pendant 5 ans pour les ouvriers de la onzième heure et pendant plus de vingt ans pour les plus anciens – la nouvelle offre politique de l’Union sacrée a tout déglingué sur son passage. Et pourtant toute la crème des juristes estimaient sur la foi de la pyramide des lois et règlements en vigueur qu’il était impossible de procéder à une requalification de la majorité en pleine législature sans en référer au souverain primaire. C’était sans compter avec les interprétations politiquement motivées des cours constitutionnelles tropicales, en l’occurrence celle ayant remis à plat les déclarations d’appartenance à l’opposition et à la majorité faites pour la durée de la législature par les députés nationaux et les sénateurs. Dans un autre arrêt beaucoup plus récent, la nouvelle cour constitutionnelle a fini par tailler en pièces le primaut des partis et regroupements politiques sur les élus de leurs obédiences. C’était, semble-t-il, le prix à payer pour que des députés nationaux du PPRD de Kabila, par exemple, obtiennent le droit de déménager dans une coalition opposée à celle de leur parti politique dont ils peuvent allègrement se désolidariser sans perdre leur mandat, au nom d’une interprétation à géométrie variable du mandat non impératif des élus.

Quoi qu’en pensent Maurice Duverger et les doctrinaires des sciences politiques ou du droit public, la RDC vient d’inventer à ses dépens une jurisprudence avec laquelle il faudrait désormais compter avant que ses limites éventuelles n’appellent à la longue une nouvelle clarification de la loi. Entre temps, les Congolais ne peuvent plus être surpris d’assister à de nouveaux rebondissements dans les chambres parlementaires au gré des motivations supposées ou réelles ayant reconfiguré les majorités préexistantes dans les assemblées délibérantes. Du coup, la vie institutionnelle devient tout aussi aléatoire que ne le sont les majorités qui peuvent à tout moment basculer dans un sens comme dans un autre. « Plus rien ne permet d’inférer par ailleurs que l’Union sacrée de la nation est la dernière majorité parlementaire de la législature en cours », relève un professeur des sciences politiques et administratives de l’Université de Kinshasa, qui justifie son appréhension par le fait que « les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n’est pas exclu qu’après la sortie du gouvernement Sama Lukonde, des députés nationaux de l’UDPS rongeant leur seum pour une raison quelconque décident de convoler en justes noces avec le FCC de Joseph Kabila ou Ensemble pour la République de Moïse Katumbi notamment. On devrait le cas échéant leur faire le même droit que celui fait aux députés PPRD ayant rejoint l’Union sacrée de Félix Tshisekedi. On est guère sorti de l’auberge avec les voltes face dorénavant autorisées des élus au moment où ça leur chante. L’Union sacrée de la nation n’est pas et ne peut pas se prévaloir d’être un point final », conclut-il.

Le retard pris dans la formation et/ou la publication du gouvernement Sama Lukonde témoigne si besoin en était de la volatilité des alliances politiques rendues de moins en moins opposables aux coalisés d’une engeance des politiciens congolais plus que jamais abonnés à la transhumance. Leur insatiable cruche aura toujours tendance à aller à l’eau. La contingence des intérêts aidant, le spectacle du retournement d’alliances au plus haut niveau du pouvoir politique n’a pas encore dit son dernier mot. Si deux ans après l’alternance intervenue au sommet de l’État la transhumance a été dictée par la menace de dissolution de l’Assemblée nationale ainsi que par le débauchage des députés avec à la clé la distribution des espèces sonnantes ou la promesse des jeeps et d’ascension politique, les mêmes impératifs liés au tube digestif pourraient pousser les cocufiés à conclure d’autres alliances au gré des vagues.

En définitive, à l’approche des futures échéances électorales prévues dans deux ans, les élus qui devraient de nouveau recourir au souverain primaire pour rempiler auront à cœur de se retrouver dans le camp le plus à même de les aider à y parvenir. La ferveur populaire sera-t-elle alors favorable à la majorité, aux oppositions ou à la société civile ? Tout dépendra du chemin que suivront les uns et les autres pour atterrir dans les bonnes grâces du peuple en 2023.

JBD

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