Union Sacrée de la Nation,tous à table de FélixTshisekedi : Quinquennat vendangé ?

ACTUALITÉ POLITIQUE

Chaque jour n’est pas dimanche et tous les dimanches ne se ressemblent pas, dit-on. Malgré le bilan particulièrement lourd la semaine dernière avec les attentats meurtriers des terroristes islamistes ADF qui ont de nouveau massacré une cinquantaine de civils au nord de Béni et une douzaine des FARDC, malgré des accidents d’hélicoptère de l’armée ayant causé la mort de pas moins de 4 jeunes pilotes qui constituaient le fleuron de l’armée de l’air, malgré la crise sanitaire mondiale dont l’une des conséquences est la cessation de paiement qui guette la RDC dont la balance de paiement déficitaire ne se trouve désormais sous-tendue que par deux semaines d’importation de reserves de change, malgré l’euthanasie passive d’un pays qui n’est plus gouverné à cause de la suspension des réunions du conseil des ministres par le chef de l’État depuis le 21 octobre 2020, malgré l’insécurité galopante et la misère de plus en plus insupportable, l’ambiance était plutôt à la fête à la cité de l’Union Africaine où réside le chef de l’État Félix Tshisekedi qui portait ce dimanche 3 janvier un toast en l’honneur des députés nationaux et sénateurs ayant fait allégeance à sa nouvelle plateforme politique dénommée Union sacrée de la nation.

À la queue leu leu, ces élus nationaux qui ont donné leur caution à la présidentialisation de toutes les institutions de la République au grand dam du sacro-saint principe de la séparation du pouvoir ont ainsi répondu à l’invitation de Fatshi pour recevoir des consignes en rapport avec la session extraordinaire convoquée par le bureau d’âge de l’Assemblée nationale. En clair, F. Tshisekedi voulait obtenir de ses hôtes de circonstance que son cahier de charge puisse passer comme une lettre à la poste, plus précisément en ce qui concerne le ticket qu’il compte aligner à l’élection du nouveau bureau de l’Assemblée nationale et le vote subséquent d’une motion de défiance contre le gouvernement Ilunkamba afin de lui ouvrir la voie à la nomination d’un nouveau gouvernement qui lui obéïrait au doigt et à l’œil. La question qui se pose est de savoir si Félix Tshisekedi a finalement réussi son pari du pouvoir impérial dont il rêvait et si ces pleins pouvoirs pourront finalement favoriser l’avènement de l’Allemagne de l’Afrique en RDC dans la droite ligne de ses promesses électorales ?

UNION SACRÉE OU CONGLOMÉRAT DES TARTUFFES ?

Dans l’esprit et la lettre de l’article 78 de la constitution relatif à la désignation d’un informateur, l’identification de la majorité parlementaire à la chambre basse s’effectue en début de législature. C’est à ce moment précis que, grâce à la mission d’information confiée à une personnalité de son choix, le président de la République peut se faire une idée exacte de la coalition majoritaire issue des élections législatives. Pour la troisième législature de la troisième République, cet exercice avait été jugé superfaitatoire par le chef de l’État lui-même, après que Néhémie Mwilanya, coordonnateur du FCC et Jean Marc Kabund du CACH lui aient fait parvenir un procès verbal attestant d’une écrasante majorité de la coalition FCC-CACH qu’ils venaient de mettre en place. Avec 338 députés FCC et 47 députés CACH, soit un total de 385 députés sur 500 élus qui composent la chambre basse, la majorité était si clairement structurée qu’il devenait inutile de designer un informateur. Après une année de gouvernance commune de cette coalition FCC-CACH, le président de la République a levé l’option d’opérer une requalification de la majorité parlementaire sous la bannière d’une nouvelle coalition qu’il a lui-même préalablement et unilatéralement baptisée d’Union sacrée de la nation. Menaçant les élus de dissolution de leur chambre s’ils n’adhèraient pas à sa démarche, Félix Tshisekedi a, de sa propre bouche, promis aux députés courtisés « un budget pour les vacances parlementaires », confirmant si besoin était les allégations d’achat de consciences qui ont émaillé le vote de la pétition contre le bureau Mabunda le mois passé. Selon toute vraisemblance, tout porte à croire que cette nouvelle coalition présidentielle est la future plateforme électorale du chef de l’État, plus soucieux de se faire réélire en 2023 que de réaliser effectivement ses promesses électorales pendant son premier quinquennat qui semble d’ores et déjà sacrifié.

QUINQUENNAT SACRIFIÉ ?

Le constat d’échec de deux premières années du premier quinquennat de Félix Tshisekedi, longtemps dressé par l’opposant Martin Fayulu qui annonçait à cor et à cri l’échec de la coalition FCC-CACH, a finalement été certifié par le président de la République à la surprise générale dans ses adresses à la nation du 23 octobre et du 6 décembre 2020, ainsi que dans son discours sur l’état de la nation devant les deux chambres du parlement réunies en congrès le 14 décembre dernier. Avant ces prises de positions dictées par des querelles de ménage au sein de la coalition FCC-CACH, le chef de l’État et son parti l’UDPS objectaient à Martin Fayulu qu’il n’y avait pas de crise et que la gestion du pays était sous contrôle du président de la République qui tenait le gouvernail du bon bout en évaluant hebdomadairement la bonne marche du pays au cours des réunions du conseil des ministres qu’il mettait un point d’honneur à présider. Il était tout de même étonnant d’entendre le même président de la République évoquer une crise politique après la 54 réunions du conseil des ministres et d’en inférer un constat d’échec. Bien entendu, l’échec dans l’entendement de Félix Tshisekedi est à mettre sur le compte du FCC accusé désormais d’avoir empêché « l’application de la vision du chef de l’État ». D’où la nécessité d’émasculer par tous les moyens le FCC pour permettre à Fatshi de réaliser sa « vision ».

Faut-il en déduire que sans le FCC Félix Tshisekedi réalisera enfin ses monts et merveilles promis aux congolais ? Rien n’est plus faux. « La multitude d’adhérents au sein de l’Union sacrée ne veut pas dire que tous soutiennent Félix Tshisekedi. Un sac du sucre mal fermé attire toujours beaucoup de fourmis », a écrit notre confrère Fiston Kamanda. Pour l’un des transfuges du FCC présents au banquet de dimanche dernier à la cité de l’Union africaine qui s’est exprimé sous le sceau de l’anonymat, « il n’est pas question de laisser Tshisekedi gérer seul le pays et engranger plus des moyens pour les élections de 2023. Même s’il avait créé une union des démons, dès lors que c’est une affaire de distribution de postes, nous ne pouvons pas faire la politique de la chaise vide », a-t-il fait savoir. Quant à un autre député FCC interrogé par nos rédactions après que sa présence ait été signalée à la cité de l’Union africaine, il relève que « la plupart des députés qui adhèrent à l’Union sacrée ont peur de perdre leur emploi à cause du spectre de la dissolution de l’Assemblée nationale agité par le chef de l’État. Jean Marc Kabund nous a par ailleurs confirmé cette menace en nous rapportant un conseil de Jean Pierre Bemba à Fatshi au cours de l’audience leur accordée le 26 décembre passé selon lequel il serait de bon ton de suspendre la constitution et les institutions législatives afin de mettre en place une constituante pour l’élaboration d’une nouvelle constitution ; celle en vigueur ayant été largement violée par le chef de l’État », s’est-il épanché. Les gourous Katumbi et Bemba qui espèrent un triumvirat avec Fatshi au sein des institutions après l’affaiblissement de l’ennemi commun Joseph Kabila n’ont pas encore mis sous les boisseaux des ambitions présidentielles longuement aiguisées. Si Fatshi peut se targuer de ballotter à tous les vents la moisson de députés et sénateurs qu’il a réussi à débaucher du FCC, il n’en sera pas ainsi des ouailles du trio Bemba-Katumbi-Bahati dont l’autorité sur les troupes ne souffre désormais d’aucune équivoque. À tout prendre, les motivations idéologiques ou programmatiques sont loin de justifier les adhésions massives à l’Union sacrée de Félix Tshisekedi. La plupart d’hommes de paille qui ont été recrutés à la lumière de l’éclair dans la toute nouvelle coalition pro Fatshi sont plutôt manifestement alléchés par des promesses de postes au bureau de l’Assemblée, au gouvernement ou au sein des entreprises du portefeuille. Certains se contentent par ailleurs des pas de porte qui circulent dans les travées de l’hémicycle, voire de la promesse de budget de vacances parlementaires faite par le chef de l’État. Pas sûr qu’avec un tel personnel davantage mû par le tube digestif que par l’intérêt commun, le pays ne sorte de l’auberge. Décidément, la RDC est partie pour vivre une nouvelle période d’incertitude dont les boucs émissaires seront à coup sûrs repérés par les artificiers de l’UDPS au sein d’une ou de plusieurs branches de courtisans de l’Union sacrée, comme l’ont été avant eux Kamerhe et l’UNC ou Joseph Kabila et le FCC.

JBD

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