Rencontre Fatshi-Bemba-Katumbi UNION SACRÉE DE LA NATION : TRIUMVIRAT ?

ACTUALITÉ POLITIQUE

« Union sacrée de la nation », une formule désormais dans toutes les bouches sans que la moindre élaboration conceptuelle n’en ait été donnée. L’idée lancée le 23 octobre 2020 par Félix Tshisekedi, après un coup de sang provoqué par la prestation de serment des juges constitutionnels boudée par le FCC deux jours plus tôt, a réussi à faire des émules et à recomposer la scène politique rdcongolaise avant même d’être portée sur les fonts baptismaux. Ceux qui se convertissent en masse à la nouvelle profession de foi sont d’autant plus incapables d’expliquer les motivations de leur transmutation qu’il n’existe aucun bréviaire qui structure leur nouvelle religion. Alors tout y passe. Chacun explique l’Union sacrée selon son entendement : « c’est le rassemblement de tous les Congolais autour de la vision du chef de l’État », « c’est l’union de tous ceux qui aiment le Congo », « c’est la plateforme politique avec un maillage national dont le chef de l’État avait besoin pour exercer pleinement ses prérogatives institutionnelles », « c’est la nouvelle majorité parlementaire », entend-t-on ça et là. Ils ne sont manifestement pas très significatifs ceux qui s’en tiennent à ce qu’en pense réellement son géniteur.

Dans son adresse à la nation du 6 décembre dernier, Fatshi définissait son Union sacrée comme « une nouvelle conception de la gouvernance basée sur les résultats dans l’intérêt supérieur de la nation ». Faire partie de l’Union pour la nation, c’est, à en croire le président Tshisekedi, adhérer aux valeurs, principes et cadre programmatique dont il lui appartient de fixer les grandes lignes.
Au demeurant, s’il était prématuré pour le chef de l’État de définir la nature juridique de l’Union sacrée par fait de prince, il n’en a pas moins donné la qualification politique. Fatshi l’avait lui-même précisé sans ambages. Pour lui, l’Union sacrée est bel et bien une coalition. « C’est avec cette nouvelle *coalition* que le Gouvernement qui sera mis en place au plus vite conduira son action durant le reste du quinquennat, suivant ma vision, dans le but de répondre aux aspirations du peuple », avait-il solennellement annoncé.

UNE COALITION QUI EN REMPLACE UNE AUTRE

En signant unilatéralement le certificat de décès de la coalition FCC-CACH dans son discours du 6 décembre dernier, Félix Tshisekedi procédait en même temps donc, de façon cavalière certes, à la création d’une nouvelle coalition dénommée « Union sacrée de la nation ». Il avait ainsi fait la sourde oreille aux avis de ses anciens partenaires du FCC qui estimaient pour leur part qu’une coalition parlementaire ne se liquide pas par une fatwa, et qu’il fallait nécessairement penser à organiser des élections générales anticipées pour obtenir une nouvelle coalition si tant est que l’évaluation de la coalition en vigueur induisait irrémédiablement à la fatalité de sa dissolution. Fatshi avait quant à lui trouvé une autre formule consistant à faire adhérer de gré ou de force les mandataires publics (députés, sénateurs, gouverneurs) du FCC notamment à sa nouvelle coalition.

LE TRIUMVIRAT

Samedi 26 décembre passé, Jean Pierre Bemba et Moïse Katumbi ont débarqué dans la matinée à l’aéroport international de N’djili d’où Ils ont été conduits à la cité de l’UA où les attendait Félix Tshisekedi pour un entretien de trois heures qui s’est conclu autour d’un repas de famille. Même si rien n’a filtré de leurs délibérations, les deux convives de Fatshi ayant repris leur Jet privé pour regagner leur fiefs respectifs de Gemena (Sud Ubangui) et de Kashobwe (Haut-Katanga) sans aucune déclaration à la presse, il va sans dire que ces trois anciens alliés d’un soir de la coalition genevoise LAMUKA avaient à cœur d’avoir la même perception des contours de la nouvelle coalition « Union pour la nation » avant d’y embarquer. À défaut de signer un nouvel accord avec quelqu’un qui de toute évidence a la réputation de revenir sur tous les accords qu’il a signés jusqu’ici, Jean Pierre Bemba et Moïse Katumbi se seraient contentés à ce stade des garanties sur la répartition du gâteau. Selon des sources proches de ces deux leaders, il a été convenu que chacun d’eux dirige directement ou par délégation une institution. Si la direction du gouvernement échoit au MLC de Jean Pierre Bemba, Ensemble pour la République de Moïse Katumbi devrait, selon les dernières informations parvenues à nos rédactions, piloter la chambre basse du Parlement.

BAHATI ET TRANSFUGES DU FCC, DINDONS DE LA FARCE

Au finish, à travers l’artifice de son Union sacrée, Félix Tshisekedi sera parvenu, si tout se passe comme prévu, à délester en douceur la majorité parlementaire de ses prérogatives, et à les redistribuer à sa guise à une infime minorité. En effet, le MLC de Jean Pierre Bemba à qui l’on ferait miroiter la primature n’a que 22 députés à l’Assemblée nationale. L’on objectera certainement qu’en 2007 le PALU avait également obtenu la primature pour cinq ans en n’ayant que 36 députés. Pourtant dans la configuration de la première législature de la troisième République, Joseph Kabila était lié par un accord électoral de l’entre deux tours de l’élection présidentielle qui obligea sa majorité parlementaire à concéder la primature à un allié électoral de taille dont le report des voix au deuxième tour avait pesé dans son élection aux dépens de Jean Pierre Bemba. Le fait est qu’à ce jour aucun accord objectif ne saurait rendre réalisable l’éventualité des rapports apaisés entre la majorité parlementaire et un gouvernement dirigé par un parti qui ne compte que moins de 5% d’élus à la chambre basse. En réalité, Ensemble pour le changement (69 députés nationaux), le MLC (22 députés) et l’UDPS (32 députés) qui envisagent de s’arroger les maroquins les plus importants dans la future physionomie gouvernementale ne pèsent que 123 députés seulement à l’Assemblée nationale. Le gros des voix susceptibles de faire basculer la majorité en leur faveur doit cependant venir principalement des transfuges du FCC et d’élus AFDC-A restés fidèles au sénateur Bahati Lukwebo. En d’autres termes, ces derniers ne seront bons que pour le remplissage en se contentant des postes secondaires.

RÉVEIL TARDIF ET REMONTADA DU FCC ?

Tout se passe comme si c’est le FCC lui-même qui jusque-là a décidé de se saborder en vendant pour un penny son droit d’aînesse parlementaire à ses adversaires politiques. Des voix se sont levées pour fustiger les frustrations qui seraient à la base du ralliement de certains élus FCC à la pétition ayant fait tomber le bureau Mabunda sur fond d’intimidations et d’achat de consciences avéré. Est-ce pour autant que ces mécontents d’un soir aient accepté d’être désormais sous la botte d’un triumvirat piloté par l’opposition ? Pas si sûr. En tout état de causes, les choses sont encore en l’état à la chambre basse. Les élus nationaux semblent par ailleurs de plus en plus conscients de l’envergure de la part des pouvoirs qui leur incombe dans la conduite des affaires de l’État. La menace bleuffante de la dissolution de la chambre basse du parlement ne fait du reste plus peur à personne dans la mesure où ceux qui la proférent eux-mêmes ont été les premiers à brandir espèces sonnantes et jeeps pour amadouer les menacés. Tout le monde sait que le président de la République aurait déjà dissout l’Assemblée nationale s’il le pouvait, en vertu des prérogatives lui reconnus par la constitution. Non seulement les conditions et les moyens pour organiser les élections législatives anticipées dans les délais constitutionnels ne sont pas réunis, mais aussi aucune crise persistante n’est envisageable entre le gouvernement et l’Assemblée nationale dont il est l’émanation.

À tout prendre, il y a de la place pour une remontada du FCC qui remettrait ainsi les choses dans leur pristin état. Car en démocratie représentative, il n’y a que les élections qui déterminent les législatures et les mandatures qui vont avec. Aucune entourloupe politicienne, aussi ingénieuse soit elle ne saurait remettre en cause ce que le résultat d’une élection a fixé dans le marbre. L’exemple d’Israël où l’échec de la coalition gouvernementale a été une condition suffisante pour convoquer de nouveau l’électorat en est une illustration suggestive.

JBD

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