O.P.A DE FATSHI SUR LA MAJORITÉ PARLEMENTAIRE : LE REVERS DE LA MÉDAILLE

ACTUALITÉ POLITIQUE

La seule grande révélation que l’on puisse retenir de la messe des kabilistes le jeudi 29 octobre dernier à Kingakati est l’existence d’un accord écrit entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi avant la passation civilisée du pouvoir intervenue le 23 janvier 2019 après la confirmation de la victoire de Félix Tshisekedi à l’élection présidentielle par la cour constitutionnelle, malgré les réticences de l’Union africaine et de la communauté internationale dans son ensemble. Peu disert, Joseph Kabila s’est contenté de ne donner que l’intitulé de cet accord secret en promettant d’en faire donner lecture aux siens à une prochaine occasion. Il a tout de même expliqué s’en tenir à cet accord dit « de la paix et la stabilité en République Démocratique du Congo » dont au moins trois États africains se sont portés garants. Rappelant son respect scrupuleux de la parole donnée, Joseph Kabila a insinué qu’il n’y allait pas toujours ainsi du côté de Félix Tshisekedi, avant de déplorer qu’il apparaît clairement que le FCC ne partage pas le même sens de l’honneur avec le CACH. Quoi qu’il en soit, le fils de l’ancien maquisard Laurent Désiré Kabila se convainc à son corps défendant que si le pays est encore en paix, c’est certainement parce que certaines lignes rouges contenues dans l’accord susmentionné n’avaient pas encore été franchies comme elles sont malheureusement entrain de l’être. Ceux qui connaissent l’homme de Kingakati réputé longanime ont bel et bien perçu dans son adresse une dose d’agacement, surtout lorsque les violations récurrentes de la constitution par les alliés du CACH sous des dehors populistes viennent effilocher le seul lien qui pouvait encore maintenir unie la coalition gouvernementale.

UNE RUSE PUSILLANIME RÉTROGRADE

Du côté du président Tshisekedi qui traîne une réputation de versatile invétéré n’ayant jamais respecté tous ses engagements souscrits dans différents accords politiques, tout se passe comme si cocufier un allier est un art pour la conquête et la conservation du pouvoir. L’insouciance avec laquelle l’on clame haut et fort la volonté d’isoler l’ancien président de la République en le dépouillant par toutes les voies illégales de sa majorité parlementaire acquise à l’issue du même processus électoral qui a vu Félix Tshisekedi être élevé à la magistrature suprême est d’autant plus inconséquente que les mêmes causes ont par le passé produit des effets contreproductifs pour la paix et le développement du pays.

Plusieurs voix se sont élevées pour attirer l’attention sur le risque de répétition dramatique de l’histoire douloureuse de la République Démocratique du Congo qui a tout perdu de sa superbe de 1960 à cause de la volonté de Joseph Kasavubu de faire main basse sur la majorité parlementaire acquise d’abord à Patrice Lumumba en 1960, puis à Moïse Tshombe en 1965. De Larry Develin chef d’antenne de la CIA en poste à Kinshasa dans les années 60 à Mike Hammer ancien détective et actuel ambassadeur des USA en RDC, les mêmes américains qui soufflaient des schémas extra-institutionnels et anti-constitutionnels à l’oreille de Kasavubu jusqu’à entraîner sa perdition sont revenus ostentatoirement à la charge faisant miroitier une invulnérabilité démiurgique à Félix Tshisekedi. Pourtant si ce dernier peut se targuer d’être invulnérable grâce au protectorat américain, tel n’est pas le cas du pays qui peine à sortir d’une insécurité latente devenue chronique à l’Est du pays depuis son avènement au top job.

LES PROVINCES KABILISTES EN ALERTE

Depuis l’annonce des envies de putsch parlementaire annoncé par la présidence de la République sur fond de violations successives de la constitution, les provinces acquises à l’ancien président de la République se sont comme mises sur le pied de guerre. 24 heures avant l’adresse à la nation du chef de l’État, les députés provinciaux de la plus riche province minière du pays, à savoir le Lwalaba, ont été les premiers à sonner le tocsin de ce qui s’apparenterait à une rébellion au cas où le coup d’État annoncé contre la majorité parlementaire kabiliste venait à être confirmé. Dans la même foulée, la jeunesse kabiliste du Haut-Katanga arpentait les rues de la capitale du cuivre (Lubumbashi), menaçant de se désolidariser de la démarche inconstitutionnelle dans laquelle s’inscrit un chef de l’État qui à leurs yeux « donne l’impression de se moquer de la bonne foi de son prédécesseur qui lui a pourtant passé le relai sans états d’âme là où la plupart des chefs d’États africains semblent avoir opté pour une présidence à vie », calamaient-ils.

Selon certaines sources généralement bien renseignées, la démarche visant à renverser les équilibres au niveau du parlement et du gouvernement menace sérieusement les équilibres fragiles sur lesquels repose la paix et la sécurité en RDC. L’on cite généralement les provinces minières les plus garnies de l’Est du pays comme étant prêtes à se désolidariser du pouvoir central si la ligne rouge est franchie. Face à la catastrophe qui se dessine clairement, un professeur de criminologie qui a préféré s’exprimer sur cette question épineuse sous le sceau de l’anonymat ne veut pas croire que Félix Tshisekedi n’est pas conscient des dangers que le faux fuyant de ses concertations peuvent faire courir au pays sur le long terme. »Je reste convaincu que Félix Tshisekedi qui caresse le projet de ne pas organiser les élections avant longtemps a compris que le prétexte de la covid-19 invoqué par ses acolytes ne saurait convaincre dans la mesure où aucun pays en Afrique ou dans le monde n’a jusqu’ici modifié son calendrier électoral à cause de cette pandémie. Alors se sachant incapable de remporter de nouveau une élection présidentielle, il doit avoir pris l’option de multiplier des crises, quitte à créer le chaos qui pourrait lui permettre de se maintenir au pouvoir en prenant prétexte sur l’absence de paix, par exemple. N’ayant pas une vision claire pour rencontrer au mieux les aspirations chimériques qu’il a contribué à vendre au souverain primaire, Félix Tshisekedi ne semble pas prêt à se débarrasser de sitôt des oripeaux du pouvoir. Le développement, le progrès social et le paradis promis, il n’en a cure. Seule compte la conservation du pouvoir pour le pouvoir », a-t-il fait savoir.

MAUVAIS EXEMPLE POUR LA SOUS-RÉGION ET L’AFRIQUE

La façon dont Félix Tshisekedi s’emploie à mener en bateau et à tourner en bourrique son prédécesseur n’est pas de nature à favoriser la paix et la stabilité en Afrique centrale et dans la région des grands lacs. Dans cette partie du continent noir, Joseph Kabila qui était par ailleurs le plus jeune chef d’État est le seul à ne s’être pas éternisé au pouvoir par la force. Tenant à sa parole d’honneur donnée après la promulgation de la constitution en vigueur, il n’a pas cédé à la tentation de modifier la loi fondamentale pour se maintenir au pouvoir au-delà du nombre de mandats requis. Mieux, il a sportivement accepté la défaite de son dauphin désigné en aidant le vainqueur issu de l’opposition à récupérer l’Imperium sans anicroches ni effusion de sang. D’après un expert en géostratégie de l’université pédagogique national (UPN), « les dinausaures au pouvoir au Congo-Brazza, Gabon, Cameroun, Tchad, Ouganda, Rwanda, voire en Angola vont réfléchir par deux fois avant d’accepter de quitter le pouvoir. L’attitude ‘ingrate’ affichée par Félix Tshisekedi est certainement ce qui pouvait arriver de pire pour la démocratisation des régimes politiques en Afrique centrale et dans la région des grands lacs. Dans l’hypothèse où les choses se seraient passées normalement entre Tshisekedi et Joseph Kabila, beaucoup de régimes encore rigides auraient été inspirés par les vertus de l’alternance démocratique. C’est triste que celui qui va prendre les rênes de l’Union Africaine l’an prochain soit lui-même un mauvais exemple pour l’alternance démocratique à l’échelle continentale », a-t-il soutenu. D’autant plus qu’en Éthiopie par exemple, le Tigré, province d’origine d’anciens dirigeants éthiopiens qui ont bâti la prospérité de ce pays sans grandes ressources naturelles, subit une volée de bois vert du pouvoir en place. Le premier ministre Abiy Ahmed a annoncé hier une offensive d’envergure des troupes fédérales contre les autorités provinciales du Tigré, situé à 700 kilomètres au nord de la capitale Addis-Abeba. Les menaces de sécession du Tigré, la province des anciens dirigeants d’Addis-Abeba que le nouveau premier ministre éthiopien a veinement essayé de « déboulonner » presagerait-elle l’épée de Damoclès qui plane désormais sur la RDC avec l’hybris du pouvoir présidentiel actuel ? Poser la question c’est y répondre surtout lorsque l’on sait que le Katanga, province d’origine de Joseph Kabila est toujours nostalgique de son passé sécessionniste dont les conditions d’avènement ont été les mêmes que celles que Félix Tshisekedi est entrain d’idéalement réunir.

NE PAS SOUS-ESTIMER UN ADVERSAIRE

Le silence de Joseph Kabila face aux provocations répétées du camp de Félix Tshisekedi qui semble ne guère s’embarrasser des prescrits constitutionnels donne l’impression d’être interprété comme une faiblesse de sa part. Pour les partisans de Félix Tshisekedi, c’est même la preuve que ce dernier a le plein pouvoir et qu’il règne désormais sans partage. Outre le fait qu’un pouvoir impérial en RDC est inconcevable à l’aune de la constitution congolaise, il est d’une imprudence fatale en politique que de vouloir sous-estimer un adversaire. De l’avis d’un général congolais à la retraite, « si Joseph Kabila n’a pas jusqu’ici cédé à la tentation du dernier recours, ce n’est certainement pas parce qu’il n’en a pas les moyens. Au contraire ! Je pense tout simplement qu’il a une telle passion pour le Congo qu’il ne veut surtout pas voir les acquis de ses 18 ans au pouvoir partir en vrille. La paix, la stabilité, la démocratie et la relance économique auxquelles il a consacrée tout son génie politique et toute sa vigueur juvénile sont plus précieuses à ses yeux que l’insouciance béate de son successeur », a-t-il souligné avant de préciser que la guerre n’incommoderait pas outre mesure un militaire aguerri comme lui, du reste né dans un maquis de type maoïste. Quoi qu’il arrive, si malgré tout le pire devenait inévitable, l’histoire congolaise retiendra que quelqu’un a tenu coûte que coûte à la faire bégayer pour conforter son pouvoir, qu’importe les risques pour la nation toute entière et les générations futures.

JBD

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