Début des consultations présidentielles : La RDC s’embourbe dans la raspoustitsa

ACTUALITÉ POLITIQUE

Déjà deux semaines que le président de la République ne convoque plus les rituelles réunions hebdomadaires de conseil des ministres dont il raffolait tant et pour lesquelles, jadis, il suspendait de gaieté de cœur certains séjours importants à l’intérieur du pays ou à l’étranger. Depuis que les chefs de corps du FCC ont snobé la prestation de serment de deux juges constitutionnels dont la nomination violait le sacro-saint principe constitutionnel de l’immuabilité des membres de la cour constitutionnelle ainsi que les procédures de désignation de nouveaux juges prévues dans la loi portant organisation et fonctionnement de la haute cour, les querelles de ménage du couple FCC-CACH ont comme été portées à la connaissance du tribunal populaire dans le cadre d’un processus de divorce qui ne dit pas son nom. Plus d’une semaine après son discours de sursis à la nation du 23 octobre 2020, le président Tshisekedi a enfin démarré ses consultations, non sans avoir entre temps répondu par deux fois successivement aux invitations de son homologue congolais Denis Sassou Nguesso pour des rencontres au sommet.

De son côté, le conjoint FCC a mis à profit la semaine dernière pour resserrer les rangs. Lundi 26 octobre, les responsables des regroupements politiques de la famille kabiliste s’étaient retrouvés autour de leur autorité morale dans sa ferme de Kingakati pour « partager un repas de famille », avait-on appris. Seulement, trois jours après, tout ce que le FCC compte comme députés et sénateurs se sont retrouvés au même endroit pour des échanges de près de trois heures dont les extrais sonores et visuels non censurés ont filtré dans la presse, renforçant au passage la conviction de ceux qui pensent qu’il est encore possible de lézarder la forteresse de cette impressionnante majorité parlementaire.

MÉTÉO DES MAUVAIS JOURS

Est bien malin qui pourrait préfigurer la RDC d’après consultations présidentielles. Une chose est sûre, 60 ans après une première expérience du genre entre la majorité parlementaire acquise à Patrice Lumumba et le camp du président Kasavubu, l’élite politique actuelle semble se complaire à se jeter pieds et poings liés dans le même bourbier où l’entraînent les mêmes puissances qui s’ingénient, de tous temps, à émasculer à tout prix le géant d’Afrique centrale afin de mieux l’assujettir. « C’est reparti pour une nouvelle série d’un demi-siècle de déshérence. En septembre 1960, lorsque Joseph Kasavubu faisait le bon élève des l’ancienne métropole, il était loin de mesurer sa responsabilité personnelle dans la déstabilisation à long terme de son pays qui avait pourtant tout à l’indépendance pour devenir la locomotive de l’économie africaine. L’histoire retiendra que c’est sous le mandat de Félix Tshisekedi que, malgré toutes les sonnettes d’alarme, les turpitudes de ce péché originel ont rattrapé les Congolais comme s’ils n’avaient pas d’âme pour conjurer un mauvais sort Pô pourtant prévisible », a affirmé un professeur d’histoire de l’université pédagogique nationale. Difficile de trouver des arguments à charge lorsque l’on sait que le scénario actuel était annoncé par les milieux néolibéraux comme devant coûte que coûte se produire au milieu du quinquennat de Tshisekedi au moment où l’Afrique était euphorique à l’idée de voir la première alternance pacifique se produire en RDC loin de l’étreinte suffoquante des faiseurs des rois juchés outre-Atlantique. Dépité, un diplomate africain en poste à Kinshasa se demande si les Congolais ne seraient pas finalement coupables pour la malédiction qui s’invite à leurs portes. « Nous savions tous que les occidentaux qui ont un os à peler avec Joseph Kabila pour avoir fait prévaloir la souveraineté de son peuple en diversifiant les partenariats au développement, notamment dans la guerre du cobalt et autres minerais stratégiques qui les oppose à la Chine, mettraient tout en œuvre pour monter son allié Tshisekedi contre lui. L’ancien secrétaire d’État américain Herman Cohen avait par ailleurs prédit la manière dont cela devrait se produire qui s’apparente à plusieurs égards à ce qui s’observe actuellement. Lorsque je vois l’esbroufe des Congolais qui applaudissent des deux mains l’antagonisme latent, je me demande s’ils se rappellent de l’intransigeance de l’histoire envers toutes les marionnettes de l’Occident sur le continent noir. Du nord au sud de l’Afrique, il n’y a aucun héros parmi ceux qui prenaient plaisir à reproduire les plans des anciens colonisateurs », a-t-il martelé.

L’ESPOIR QUI S’ENVOLE

Déjà durement éprouvée par les conséquences de la pandémie mondiale de la covid-19 qui n’en finit pas de semer la désolation, l’économie congolaise ne peut pas, dans les conditions d’instabilité politique chronique qui pointe à l’horizon, espérer une embellie. « Faites moi de la bonne politique, je vous ferai la bonne économie », dit-on. Malgré le sang froid du gouvernement qui a déposé le projet de loi des finances pour l’exercice 2021 en pleine tempête, le moins que l’on puisse dire est que les querelles politiciennes ont déjà planté le décor de la chienlit. Le crime ne profite certainement pas à ceux qui avaient promis monts et merveilles au peuple en ayant à cœur de faire de la RDC l’Allemagne de l’Afrique. 2020, l’année de l’action s’est quant à elle déjà abîmée en année de la prédisposition au chaos. Le pays va mal.

JBD

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