Adresse de Félix Tshisekedi à la nation : Avis de débouchage à la présidence de la République

ACTUALITÉ POLITIQUE

Annoncée comme un harmaguedon, l’adresse de Félix Tshisekedi à la Nation n’a en réalité été qu’une annonce du report. De toute évidence, le projet très prévisible de dissolution d’une assemblée nationale trop indépendante à son goût ou de déconfiture d’un gouvernement composite, que Félix Tshisekedi caresse depuis son arrivée au pouvoir sous l’instigation des chanceleries bien connues n’était pas encore arrivé à maturité lorsque ce dernier était obligé de s’adresser coûte que coûte à la nation pour justifier selon un communiqué de la présidence l’annulation de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres. En substance, le discours du président de la République qui a débuté avec des lamentations sur les entraves dont souffrirait le déroulement du « programme sur la base duquel il a été élu » n’était pas de nature à satisfaire aux attentes du suspens causé par l’effet de son annonce. Les Congolais sont restés sur leur soif. La seule chose qu’ils retiendront c’est la volonté du président Tshisekedi de changer d’allies parce que des « divergences qui persistent entre les signataires de l’accord FCC-CACH plombent les ailes de notre envol vers le développement ». « Se sentant visiblement à l’étroit dans le seul constume de président de la République, Tshisekedi a toujours été tenté par l’hyper-présidentialisation d’un pouvoir impérial sans commune mesure avec les attributions dévolues par la constitution en vigueur à l’institution président de la République dans le régime semi-présidentiel qui est en même temps semi-parlementaire », a commenté un professeur des sciences politique de l’Université pédagogique national. Comment ne pas lui donner raison si l’on considère que l’état de droit sous la dispensation de la troisième république est une matérialisation du principe sacro-saint de la séparation des pouvoirs qui veut que le pouvoir arrête le pouvoir. En sa qualité de chef de l’exécutif, le président de la République est, aux termes de l’article 69 de la constitution, le garant du bon fonctionnement des autres institutions. Ceci veut tout simplement dire qu’il lui appartient de veiller à l’indépendance des autres institutions et à la courtoisie qui doit caractériser leur collaboration harmonieuse. Or, ce à quoi l’on assiste, c’est plutôt à une obsession délibérée d’émasculer les autres institutions à défaut de les mettre aux pas. Lassé de devoir composer avec un gouvernement dont la majorité de membres sont issus de la majorité parlementaire acquise à son prédécesseur avec lequel il a pourtant conclu un accord de coalition, Félix Tshisekedi est désormais occupé à « consulter les leaders politiques et sociaux les plus représentatifs », dans l’espoir de constituer une nouvelle majorité autre que celle qui existe déjà, de laquelle proviendrait un gouvernement constitué uniquement de ceux qui lui auraient préalablement fait allégeance. »Ces consultations visent la refondation de l’action gouvernementale autour des principes de participation à la gestion du pays », a-t-il déclaré.

CHÂTEAU EN ESPAGNE

Si Félix Tshisekedi s’est vu obligé de faire une annonce officielle sur le travail de débauchage auquel ses services s’adonnent depuis le début de son mandat avec le soutien de quelques ambassadeurs occidentaux, c’est bien parce que les résultats de la neutralisation escomptée de son allié du FCC ne sont pas toujours probants jusqu’à ce jour. Si ses anciens alliés de Genève Katumbi et Bemba ont fait part, selon certaines sources, de leur disponibilité à approvisionner Félix Tshisekedi en députés nationaux pour constituer une nouvelle coalition majoritaire qu’il a baptisée dans son discours « union sacrée de la nation », en écho à l’union sacrée de l’opposition de son défunt géniteur, cela ne semble pas être le cas de l’écrasante majorité FCC qui continue à faire bloc autour du sénateur à vie Joseph Kabila dont on comprend maintenant le grand retour à la dernière rentrée parlementaire. Peu disert, Kabila s’était tout simplement contenté de s’afficher aux côtés de trois chefs de corps qui relèvent de sa majorité parlementaire sous les vivats de l’assistance. Son image flanqué du premier ministre Sylvestre Ilunga, de la présidente de l’Assemblée nationale Jeannine Mabunda et du président du sénat Alexis Thambwe Mwamba valait effectivement mille mots. Au regard des derniers développements de l’actualité, l’on peut déduire que Kabila, dont on connaît par ailleurs la capacité d’anticipation, prévenait déjà que le parlement qui lui est acquis est une forteresse imprenable. Sa majorité parlementaire l’est et le restera. Elle n’ira jamais mendier ailleurs le pouvoir que lui confère de droit la constitution, notamment celui de disposer d’un gouvernement qui émane d’elle.

À la présidence de la République, on ne voit pas les choses de la même manière. Le haut représentant du chef de l’État qui est depuis longtemps sorti de sa réserve pour distribuer des anathèmes sur les réseaux sociaux est désormais aux avant postes dans la séduction des estropiés politiques de tous bords. Au lendemain du discours du Chef de l’État, il a choisi une manifestation politique pour lancer l’avis officiel de débauchage de la présidence de la République. « Le pouvoir c’est nous. Si à l’Assemblée nationale et au sénat il y a des présidents délégués, à la cité de l’Union africaine et au palais de la nation il n’y a pas de président délégué. Le chef de l’État est le père de tout le monde. Il ne refuse personne. Que vous soyez AAA, BBB, CCC, PPP, venez mes chers amis, n’hésitez pas, repondez à l’invitation du président de la République aux consultations », s’est égossillé ce mobutiste convaincu, nostalgique du beau vieux temps de la dictature où le maréchal Mobutu tenait en respect toutes les institutions.

MÉFIANCE DE LA CLASSE POLITIQUE

Il n’est pas certain que Félix Tshisekedi garde le même panache après ses consultations que celui de son entrée triomphale au palais du peuple au cours de la cérémonie chahutée de prestation de serment de trois juges constitutionnels le 21 octobre dernier. C’est le moins que l’on puisse dire en prenant en compte la méfiance de la classe politique dans son ensemble depuis son appel d’offre de vendredi passé. Tous se souviennent du fils d’Étienne Tshisekedi comme étant quelqu’un qui ne respecte jamais sa parole donnée et surtout la signature qu’il appose sur les accords les plus officiels. Ces appels à la prudence en direction des députés se sont multipliés sur les médias où l’on hésite pas de présenter Félix Tshisekedi comme le bourreau de tous ceux qui ont jusqu’ici été en alliance ou en coalition avec lui. L’avocat proche du PPRD Hyppolyte-Ariel Sumey a publié sur toutes les plateformes en ligne un posting très évocateur à ce sujet: « trahir pour consulter ou consulter pour trahir? », interroge-t-il. Même inquiétude chez Kabongo Ilunga, proche de Katumbi : « qu’est-ce qui prouve que Katumbi, Bemba, Muzito ou Fayulu ne finiront pas comme Vital Kamerhe ? Ou encore ne seront pas insultés à longueur des journées comme Joseph Kabila ? Quelle garantie leur donner ? », se demande-t-il. Le Lamuka Berry Muekatone a choisi le sarcasme pour exprimer les mêmes réticences : « maintenant qu’il est coincé, l’enfarineur cherche des béquilles, mais qui pourrait faire confiance à un individu versatile qui a piétiné la volonté de tout un peuple ? Il ne respecte ni sa parole ni sa signature. La trahison est dans son ADN. L’opprobre promise à Genève frappe à sa porte », a-t-il déclaré. Des propos qui vont dans le même sens que ceux de la journaliste Christelle Kayij Yav qui a écrit : « en deux ans seulement, vous avez violé tous les accords pour lesquels vous vous êtes engagés. Accord de Genève, avec l’UNC, avec le FCC ». Lisanga Bonganga et la Dynamique pour une Sortie de Crise, DYSOC, a quant à lui réservé une fin de non recevoir aux sirènes de la présidence de la République. Dans une déclaration politique, Lisanga justifie leur refus de composer avec Tshisekedi en ces termes : « de toute évidence, on ne peut pas avoir la prétention de trouver une solution objective lorsqu’on est soi-même une partie du problème. Le président F.Tshisekedi étant un des éléments de la crise, il n’est pas qualifié pour prétendre trouver seul une voie de sortie de crise. Sa formule de consultations est donc sans objet. La véritable union sacrée se fait autour du respect de la constitution et des lois de la République, et non autour d’un individu ».

DES DÉPUTÉS CONSPUÉS DÉSORMÉS CONVOITÉS

« Boma députés, tika policiers » (tuez les députés, protégez les policiers), est le slogan des combattants de l’UDPS chaque fois qu’ils organisent des expéditions punitives pour violer l’enceinte neutre du parlement au moindre mot d’ordre de leurs dirigeants. Dans tous leurs discours, les partisans de Félix Tshisekedi n’hésitent pas de traiter les élus de la chambre basse de députés nommés ou de majorité mécanique, non sans revendiquer arbitrairement une majorité populaire illusoire. Cette situation a fait sourire un professeur émérite de droit constitutionnel de l’Université de Kinshasa qui a ironisé en ces termes : « des juges constitutionnels ont bel et bien prêté serment dans l’enceinte du parlement devant les parlementaires debout de l’UDPS. Le président de la République n’a qu’à pousser la logique jusqu’au bout en consultant la majorité populaire de l’UDPS pour former un nouveau gouvernement ».

En tout état de causes, du côté de la chambre basse les plaies des persécutions subies de la part du camp de Félix Tshisekedi n’ont pas encore cicatrisé. La plupart de députés approchés par nos limiers disent ne pas oublier la mort de l’un de leurs collègues des suites des coups lui assénés férocement devant le palais du peuple par les combattants de l’UDPS qui s’attaquaient violemment aux véhicules de tous les élus qui prennaient le risque de venir à leur lieu de travail. Au tour de l’arroseur d’être arrosé ?

JBD

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