Cascade d’hérésies à la prestation de serment controversée de 2 juges constitutionnels LE FCC JOUE À QUI PERD GAGNE ( Tribune)

ACTUALITÉ POLITIQUE

Le vendredi 17 juillet 2020, 24 heures après un aller-retour du premier ministre et du ministre de la défense nationale à Lubumbashi, et pendant que se tenait le conseil des ministres présidé par le président de la République, la porte-parole adjointe de Félix Tshisekedi débarquait à la télévision nationale avec des syllabus contenant jusqu’à 120 ordonnances présidentielles portant aggiornamento de l’appareil judiciaire et militaire, en plus de quelques nominations dans le portefeuille de l’État. Ce jour-là, l’ancienne speakerine de la radio onusienne okapi battait le record de l’endurance en mettant plus de six heures pour éplucher sa paperasse. La manœuvre intervenait après les démissions au forceps du vice-ministre et ministre de la justice Célestin Tunda ya Kasende ainsi que du président de la Cour constitutionnelle Benoît Lwamba Bintu que le président de la République s’était chargé de conduire lui-même en soins médicaux en Belgique dans un vol spécial. Bref, le camp présidentiel avait ainsi réussi à faire un bébé obèse dans le dos de son allié FCC, effilochant pour ainsi dire le fragile lien de confiance qui pouvait encore exister entre les deux anciens ennemis. La pilule était très amère pour le FCC, surtout que les ordonnances incriminées étaient entachées de plusieurs irrégularités, fraudes et violations de la Constitution vivement dénoncées par la classe politique toutes tendances confondues. Après avoir réussi à étaler au grand jour le déni du droit positif congolais des ordonnances fleuves du 17 juillet 2020, le FCC semble s’être réservé le meilleur pour la fin, en ce qu’il fallait faire boire, aux impénitents violateurs de la Constitution, telle de la ciguë en guise de pénalité, le ridicule de leur forfaiture jusqu’à la lie. D’où la succession d’absurdités observées le mercredi 21 octobre passé lors de ce que l’on peut désormais considérer comme une prestation de serment en bande organisée par des hors-la-loi entrés par effraction dans le siège neutre et inviolable du parlement de la République.

LE COMBLE DE L’IGNOMINIE

Tout a été dit sur la violation caractérisée du principe constitutionnel de l’inamovibilité des juges constitutionnels. Si Dieudonné Kaluba Dibwe pouvait encore pour la forme remplacer le juge Benoît Lwamba Bintu que l’on a coercitivemet pris soin de faire démissionner et exiler, rien ne justifiait l’éjection de la haute Cour de deux juges dont le mandat était encore en cours de validité, et qui le cas échéant étaient tous les deux l’émanation du conseil supérieur de la magistrature, en l’occurrence le juge Kilomba et Ubulu. Après avoir réservé à tous les niveaux sa fin de non recevoir à toutes les propositions visant à laisser avaliser le fait accompli, le FCC savait que ceux qui se croient pousser les ailes à la présidence « grâce à l’éventuel bouclier d’une superpuissance » selon les termes du politologue Kabasubabo, allaient passer à la trappe en dévoilant à la face du monde la vraie nature d’integristes qui se cachent derrière des chantres désincarnés d’un état de droit dont ils ne connaissent par ailleurs ni les tenants, ni les aboutissants. Au vu du spectacle qui a été offert à l’opinion nationale et internationale mercredi dernier, l’on peut affirmer sans se tromper que le FCC aura été délicieusement servi au-delà de ses attentes.

Non seulement l’article 10 de la loi portant organisation et fonctionnement a été ostensiblement foulé aux pieds sous les regards ébahis de tous les légalistes qui ont pu constater par eux-mêmes l’absence de l’Assemblée nationale, du sénat, du gouvernement, du chef d’état-major de l’armée, de l’inspecteur général de la police et autres corps constitués, mais aussi plusieurs corps diplomatiques ont boudé ce théâtre de vaudeville, sans doute échaudés entre autre par la désinvolture du proconsul et ambassadeur américain Mike Hammer qui se comporte comme le directeur de cabinet officieux de Félix Tshisekedi, pour ne pas parler de son « agent de marketing »selon les termes utilisés par Martin Fayulu.

À la place d’un congrès réunissant les deux chambres du parlement comme le veulent la loi et les us et coutumes institutionnelles, les Congolais ont assisté, amusés, à un congrès de l’UDPS dont les militants avaient envahi les travées de l’hémicycle. Félix Tshisekedi lui-même n’a rien démenti en prouvant qu’il est toujours président en exercice de l’UDPS et qu’il avait seulement confié son intérim à Jean-Marc Kabund un jour avant sa prestation de serment, contrevenant ainsi à l’interdiction faite par la Constitution au président de la république d’exercer des fonctions au sein d’un parti politique. Le Fatshi qu’on a vu faire une entrée triomphale exhibant avec exubérance le signe distinctif V de son parti politique était loin d’être dans la peau d’un chef de l’État qui par définition se doit d’être au-dessus de la mêlée. En chef de bande, le président de l’UDPS a donc reçu le serment de trois juges constitutionnels dont au moins deux sont issus de sa tribu, non sans avoir chanté en chœur avec l’assistance tribalo-ethnique l’hymne de l’UDPS, un parti jadis national qui s’est réduit en peau de chagrin en devenant au fil des années une agrégation des Kasaïens auto ostracisés. « Arrivé en chef de l’État au palais du peuple, Félix Tshisekedi en est sorti complètement déplumé aux yeux de ses compatriotes qui se sont laissés convaincre qu’ils ont à la tête du pays plutôt un chef de tribu et le gourou d’un parti politique clairement identifié », s’est exclamé un diplomate qui a requis l’anonymat. Grand absent du bal des chauves, le président par intérim de l’UDPS Jean-Marc Kabund dont on connaît par ailleurs l’hubris du pouvoir, et qui aurait certainement apprécié de prendre sa revanche dans cet hémycile où ses collègues avaient voté sa déchéance du bureau de l’Assemblée nationale, n’a pas encore fini de ronger son frein après le scandale causé par une sextape le mettant directement en cause encore fraiche dans les esprits.

DES CONGOLAIS DÉGOÛTÉS

Au chapitre des réactions, on note de façon générale une indignation de l’opinion nationale dont les principaux leaders qui se sont exprimés à chaud n’ont pas caché leur honte face à l’opprobre subie par toute une nation en ce mercredi 21 octobre qui restera dans les annales. L’activiste des droits de l’homme Jean-Claude Katende qui semble de plus en plus prendre ses distances de l’UDPS dont il était pourtant très proche a été parmi les premiers à donner de la voix : « le signe de la victoire V fait par le président est un mauvais message qui énerve l’esprit républicain qui doit le caractériser, en tout et contre tout. Malgré les difficultés avec le FCC, le président reste le président de tous, même de ceux qui le combattent » s’est-il indigné. Dans un autre tweet le président de l’Asadho utilise un ton plus sec : « l’UDPS exagère. On ne peut pas entonner l’hymne d’un parti politique dans une cérémonie qui concerne la République. C’est une attitude que je condamne avec fermeté » s’est insurgé Katende. Le jeune candidat malheureux à la dernière présidentielle Seth Kikuni s’est voulu plus incisif : « …il n’y a que les naïfs qui applaudissent ce qu’ils ne comprennent pas. Il n’est nullement question de l’état de droit. Un grand projet tribalo-ethnique, plus dangereux que celui de Minembwe est en marche. L’hiver approche. Oubliez le peuple » s’est-il désolé. Pour l’avocat congolais proche du PPRD, Me Hippolyte-Ariel Sumey, le verdict est sans appel : « les juges de l’UDPS accompagnés par l’hymne national de l’UDPS ont prêté serment devant le président de l’UDPS et les partisans de l’UDPS » a-t-il accusé avant d’asséner un sarcasme caustique : « la cérémonie aurait dû se dérouler au siège de leur parti à Limete 10ème rue ». Quant au Lamuka Berry Mwekatone, il serait devenu philosophe au regard de l’inconcevable : « nous savons tous que deux banalités par interférence engendrent une absurdité. Ce vaudeville de serment est absurde, c’est une logique déréglée dans un illogisme absolu. Comme on le dit en Afrique : seul un idiot mesure la profondeur de l’eau avec ses deux pieds » a-t-il cogité.

Il faut noter que l’occasion était belle pour Martin Fayulu qui continue à revendiquer sa victoire à la dernière présidentielle de se mettre en vedette. Dans une adresse solennelle à la nation, le « président élu », considérant l’exacerbation irréversible de la crise politique qui atteint son paroxysme avec la comédie d’une prestation de serment anticonstitutionnelle des juges constitutionnels, a carrément engagé les hommes d’églises et pères spirituels à offrir leurs bons offices pour des négociations entre toutes les parties prenantes en vue de rabattre les cartes. Un avis partagé par le politologue Kabasubabo du FCC qui appelle « les politicailleurs désorientés par les prestidigitateurs politiciens moyenâgeux à transcender leur égo narcissique pour puiser dans la raison républicaine l’intelligence politique nécessaire afin de sauver le pays ». Car, à en croire l’érudit congolais, « cette prestation de serment entre dans l’histoire plus comme un rituel de consolidation d’un pouvoir ancestral qu’une procédure rationnelle génératrice de concorde républicaine ».

LE FCC RESSERRE LES RANGS

Pendant que l’UDPS s’embourbe dans les miasmes nauséabonds de son ingénuité puérile qui se traduit par un satage professionnel non concluant au sommet de l’État, le FCC quat à lui a pu se revigorer en resserrant ses rangs dans ce qui semble décidément être le dernier baroud d’honneur avant 2023. D’après le président du groupe parlementaire PPRD Didi Manara qui a d’ores et déjà donné du pain sur la planche à la nouvelle composition de la Cour constitutionnelle en introduisant une requête en interprétation des articles querellés au nom des parlementaires du FCC, « le mot d’ordre a été très largement suivi. Après vérification objective, sur 338 députés du FCC, 4 seulement étaient dans la salle de congrès, soit une proportion de 1%”. Personne ne pensait le sénateur à vie Joseph Kabila capable de conserver à 99% ses troupes dans les rangs deux ans après avoir quitté le pouvoir suprême. « Une preuve de plus que le pouvoir de Fatshi n’attire pas grand monde, si ce ne sont des girouettes qui ont l’habitude de tourner à tous les vents comme les Bahati Lukwebo et autres Pius Mwabilu », soutient un professeur de philosophie politique à l’Université Catholique du Congo (UCC). Les traîtres dont certains parlaient sans la moindre élaboration de preuves n’ont pas été visibles dans la vitrine de l’hémicycle du palais du peuple où Fatshi étalait pour la circonstance ses potentiels alliés et nouvelles recrues. Peut-être que les membres du gouvernement et parlementaires FCC que d’aucuns accusaient naïvement d’accointances avec les recruteurs de la présidence étaient-ils en espionnage pour le compte de la famille politique kabiliste qui a toujours, comme chacun le sait, plus d’un tour dans ses manches ? On ne sait jamais… En tout état des causes, le piège des ordonnances anticonstitutionnelles vient de se refermer sur lui-même. Au final, c’est bien le FCC qu’on présentait comme perdant qui a fini par gagner selon les observateurs avisés.

JBD

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