Henry Kitenge Yezu : Éminence Grise ?

ACTUALITÉ POLITIQUE

Ses pamphlets au vitriol délibérément amphigouriques enflamment la twittosphère. Maniant le verbe avec une certaine habileté ésotérique, Henry Kitenge Yesu, l’octogénaire « haut représentant » du chef de l’État congolais n’en est pas moins une nouvelle coqueluche des réseaux sociaux qui tresse à tout va des louanges au Président de la République qu’il prend volontiers sous ses ailes protectrices contre tous ceux qui essaient d’émettre un son de cloche discordant qu’il s’ingénie à assimiler aux ennemis de la République. Du haut de ses quatre vingts ans d’âge et d’une très longue expérience politique, beaucoup espéraient pourtant que le « haut représentant du président de la République » ajusté au rang protocolaire de vice-premier ministre au même titre que le directeur de cabinet du présidente de la République soit l’incarnation de la vertu, c’est-à-dire du juste milieu dans l’univers politique clivant de la RDC. Ils doivent avoir rapidement déchanté au regard de la tournure unilatéralement paroissiale des postings du vieux briscard sur les réseaux sociaux qui en disent long sur sa part de responsabilité dans le raidissement du débat politique actuel.

HOMME DE LA PENSÉE UNIQUE ET D’UN ÉSOTÉRISME RINGARD

Haut dignitaire de la deuxième République de triste mémoire, Henry Kitenge Yesu a fait toutes ses classes d’homme politique dans le mobutisme, un système dictatorial décrit comme le syncrétisme idéologique élevant à la norme universelle les actions, les paroles, les faits et gestes de l’ex roi du Zaïre, l’aigle de Kawele Mobutu Sese Seko. Grand architecte du mobutisme, Kitenge Yesu, aux côtés de ses compères Gérard Kamanda Wa Kamanda et de Mandungu Bula Nyati, était allé jusqu’à constituer le dictateur zaïrois honni par son peuple en gourou d’une secte ésotérique très connue sous l’appellation de prima curia. « Alors que le temps de la pensée unique est totalement révolu, Kitenge Yesu n’a de cesse de vouloir faire rentrer Fatshi dans les habits de Mobutu », s’insurge un intellectuel bon teint proche de l’UDPS qui a vu la main du haut représentant du président de la République dans le rite de l’Eglise Catholique Africaine de l’abbé Pierre Mutanga, ce défroqué prêtre catholique qui avait défrayé la chronique à la tête d’une milice pro-Fatshi à Kingabwa. En effet, cet ancien prêtre catholique devenu directeur administratif de la maison civile du chef de l’État professait un système religieux au sommet duquel trônerait le président de la République Félix Antoine Tshisekedi en qualité de chef temporel et spirituel, dans le droit fil de la religion traditionnelle égyptienne dans laquelle le Pharaon était à la fois chef religieux et monarque. C’est à ce prix, à en croire le désormais pensionnaire de la prison de Makala Pierre Mutanga, que la RDC devrait atteindre son apogée sous Fatshi à qui il était nécessaire d’adjoindre la milice « gardiens de la paix » recrutée et entraînée pour les besoins de la cause par ses soins à Kingabwa pour servir de bouclier à son pouvoir à l’instar des gardiens de la révolution iraniens. Et pour notre source, « il s’agit ni plus ni moins d’un recyclage de la prima curia mobutienne par Kitenge Yesu qui va finir par provoquer in fine une triste fin de Fatshi à l’image de Mobutu dans les derniers instants de son règne si l’on n’y prend garde ». Il en veut pour preuve le fait que les saillies de Kitenge Yesu n’ont à ce stade épargné personne : « souvenez-vous qu’il a inauguré sa carrière de haut représentant en prenant à partie les diplomates de l’Union Européenne qui rechignaient à adouber un président de la République mal élu à leur goût. Et depuis, il a écharpé toutes les forces vives de la nation, du cardinal Fridolin Ambongo au président de l’ECC Bokundoa, en passant par les mouvements citoyens Lucha et Filimbi, Lamuka et les alliés du FCC devenus depuis peu ses souffre-douleurs de prédilection ». Tout se passe comme si dans l’esprit de Kitenge Yesu, les Congolais doivent s’aligner de gré ou de force sur une pensée unique au risque de s’attirer des foudres qui peuvent à la fois être physique ou spirituelles. Car en plus d’être un homme politique, Kitenge Yesu tire sa réputation de visionnaire des milieux ésotériques congolais dans lesquels il est le grand maître de la grande loge nationale du Congo, du rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm. Arborant fièrement des bijoux maçonniques qui ornent toujours ses costumes, Kitenge Yesu aime à se faire respecter et surtout à se faire craindre pour ses exploits dans l’occultisme. L’on se souviendra qu’il avait de sa propre main signé le 19 octobre 2018, au nom de tous les francs-maçons de la RDC dont on connait pourtant l’appétence à la discrétion, une lettre de félicitations au docteur Denis Mukwege nouvellement désigné prix Nobel de la paix, jetant ainsi en pâture le prestige du gynécologue congolais en insinuant qu’il n’avait pu recevoir cette distinction que grâce à son affiliation à des réseaux maçonniques comme les rares autres africains qui y sont parvenus tels que Nelson Mandela, Desmond Tutu, Ellen Johnson Searleaf, Kofi Annan et Frederick De Clerck.

VIOLATION DE LA CONSTITUTION ENCOURAGÉE

En ce qui concerne « l’homme qui répare les femmes », l’on se doit de se rendre à l’évidence qu’il est véritablement entré dans une autre dimension. Eleanor Roosevelt ne disait-il pas que « les grands esprits parlent des idées, les esprits moyens parlent des événements et les petits esprits parlent des individus »? Pour un grand esprit, Denis Mukwege en est un comme on peut en juger par ses propos mesurés sur la polémique créée par la politique politicienne au sujet de l’installation, du reste tardive, du bourgmestre de la commune rurale de Minembwe. Voguant à contre courant des idées reçues, le prix Nobel congolais a eu le courage de dénoncer tous ces discours de haine autour d’une polémique de trop qui font déjà des victimes en termes des femmes violées et autres innocents tués ou mutilés sur base de la stigmatisation ethnique.

C’est tout le contraire de Kitenge Yesu dont la prétendue érudition pivote uniquement autour des individus : Mobutu hier, et Félix Tshisekedi aujourd’hui. Poussant le cynisme à son paroxysme, l’homme des tweets apophantiques s’est invité dans le débat sur les violations récurrentes de la Constitution en les justifiant le plus trivialement du monde par le fait que « le président de la République détient le bic bleu et rouge ». Aucune résignation donc devant le cercle vicieux des tensions politiques et communautaires qui menacent d’emporter les jeunes institutions démocratiques acquises au prix le plus fort. Comme on peut le voir, les flagorneries du matamore, vestige encore en activité de la tristement célèbre deuxième République, n’ont pas de limites et font courir, par leur anachronisme, des risques à une nation qui ne demande qu’à affermir son unité mise à rude épreuve ces trois dernières décennies par des forces centrifuges et centripètes maléfiques. Présenté comme « l’oeil et l’oreille du président de la République » en sa qualité de son haut représentant, c’est-à-dire, précise-t-on à la présidence de la République, comme celui qui peut « traduire la pensée du chef en son absence et l’engager auprès des tiers le plus fidèlement du monde », Henry Kitenge Yesu risque d’être celui par qui le scandale national va arriver. À défaut de savoir guérir, notre rôle se limite à prévenir.

JBD

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