FATSHI : LE SIGNE INDIEN ?

ACTUALITÉ POLITIQUE

il détient le record du premier dirigeant au monde à avoir convulsé durant son intrônisation. La prestation de son serment en qualité de président de la République Démocratique du Congo, boudée par les dirigeants de la planète entière qui rechignèrent à y prendre part, à l’exception du président Uhuru Kenyata du Kenya (parrain de l’accord CACH), plantait déjà le décor de la chienlit à venir. Emmitouflé dans un costume présidentiel mal assorti qui ne dissimulait que très difficilement un gilet pare-balles cintré, le tout nouveau président de la République ne cachait plus, sous le collimateur des caméras du monde entier, son présentiment d’un mandat présidentiel compliqué. Les habits présidentiels étaient dès l’entame trop disproportionnels pour augurer des jours meilleurs. Même habillés en blanc, les partisans de l’UDPS annonçaient à leur manière les couleurs de l’acculturation subie pendant 37 ans d’opposition à tout et à tous. Les grilles de la forteresse du palais de la nation ne furent pas assez solides et la garde républicaine assez autoritaire pour les empêcher de s’inviter dans le Saint des Saints où le fils de l’opposant historique Félix Tshisekedi devait recevoir les emblèmes sacrés du pouvoir et délivrer son premier message urbi et orbi. Avec un protocole d’ores et déjà bâclé, le très attendu discours du nouveau président de la République cousu presqu’à la hâte comme le démontrait son caractère amphigourique et redondant ne pouvait pas si mal se dérouler, surtout lorsqu’en pleine prestation, celui qui venait d’être fait monarque républicain bafouilla et s’effondra. C’est peu de dire que tous les scénarii du chaos devinrent à ce moment précis envisageables, surtout lorsque les intrus vêtus en blanc vociferaient déjà des menaces contre les boucs émissaires désignés. Les cinq minutes d’incertitude qui s’écoulèrent avant que Félix Antoine Tshisekedi ne reprenne ses esprits et ne poursuive sans désemparer la lecture de son discours auquel plus personne ne prêtait plus attention, étaient à bien des égards prémonitoires sur les cinq années de son mandat à la tête de l’État. Tout s’était passé ce jour-là comme si le cosmos congolais annonçait l’inauguration d’une parenthèse de confusion, de désordre, de désintégration de la nation et du chaos.

L’archevêque de Kinshasa qui se voulait très critique sur les conditions d’accession au pouvoir du quatrième successeur de Joseph Kasavubu avait beau espérer que ce fût un mal pour un bien, les tout premiers signes du mandat de Fatshi semblaient prédire le contraire.

NAVIGATION À VUE

Connu pour ses panégyriques enflammés à la gloire du successeur de Joseph Kabila, Christian Bosembe, un pamphlétaire très en verve sur les réseaux sociaux, ne pouvait pas s’interdire un moment de clairvoyance en s’adressant à Félix Tshisekedi en des termes assez inhabituels pour ce laudateur attitré : « monsieur le président de la République, s’indigna-t-il un jour, êtes vous celui qui devrait venir ou devrions nous en attendre un autre ? ”. Pour ce soutien inconditionnel qui avait l’habitude de prédire monts et merveilles grâce à la volonté politique du nouveau Président, l’optimisme béat semblait se heurter de façon rebutante à l’aspérité du réel. Son confrère Pero Luwara qui enfourchait lui aussi un anti-kabilisme anachronique devrait quelques instants après se rendre à l’évidence en dénonçant une absence dangereuse de tableau de bord et de boussole au beau milieu de l’océan. « Personne ne sait où Félix Tshisekedi veut amener ce pays », se plaignit-il, avant d’en déduire que les choses allaient de mal en pis et que le pays se portait, dans tous les secteurs, beaucoup plus mal qu’à l’époque où Kabila tenait le gouvernail.

Par ailleurs, jamais président de la République n’avait autant sillonné le monde après son investiture que ne le fit Félix Tshisekedi, surnommé Magellan dans la foulée par une opinion congolaise abonnée aux sarcasmes. Tout portait à croire que sa recette pour « faire de la RDC l’Allemagne d’Afrique » consistait davantage à soumettre le pays à une perfusion de financements bilatéraux et multilatéraux allignés sur un interventionnisme international débridé que sur des reformes structurelles à l’interne. Que des esprits avisés lui aient objecté qu’il faut d’abord se concentrer sur des conditions d’attractivité au plan national n’y fit rien. Droit dans ses bottes, Félix Tshisekedi dont les voyages dispendieux commençaient à faire jaser assurait par contre qu’ils rapporteraient beaucoup plus que les millions du famélique trésor public dépensés. Ces déplacements rituels du chef de l’État congolais ne furent finalement suspendus que lorsque la pandémie mondiale de la covid-19 cloua les avions au sol et obligea chacun à se calfeutrer chez soi, sans produire aucune retombée miraculeuse.

Finalement, la solution démiurgique devant venir de l’hémisphère nord se mua en un château en Espagne… Les signes du changement tant vanté se faisant attendre pendant que les secondes du mandat présidentiel s’égrenaient, Félix Antoine Tshisekedi ne trouva pas mieux que de se lancer dans une révolution interne baptisée « état de droit », en écho à un vieux slogan de son illustre père lorsqu’il s’était dressé contre les abus du dictateur Mobutu dont le régime virait au cauchemar.

ÉTAT DE DROIT ET DÉBOULONNEMENT COMME PROJET DE SOCIÉTÉ

Au lieu de se tourner vers l’avenir et de conduire la nation vers des horizons meilleurs en combattant la pauvreté et l’insécurité endémique, le projet de société sommaire de l’UDPS, le tout clinquant parti présidentiel, se résume en un raccourci replié sur les cicatrices du passé. Félix Tshisekedi serait en guerre contre les antivaleurs, de préférence celles reprochées à ses adversaires politiques supposés ou réels. Vital Kamerhe, son allié dans l’accession au top job fut le premier à être sacrifié sur l’hôtel de « l’état de droit » à l’issue d’un procès à rebondissements qui a ravivé les envies du nouveau pouvoir de mettre la justice et l’armée au pas. Prétextant un empêchement du premier ministre dépêché pour les besoins de la cause à Lubumbashi avec le ministre FCC de la défense pour 48 heures seulement, Félix Tshisekedi avait pondu une ribambelle d’ordonnances de reconfiguration de l’appareil judiciaire et de l’armée. Contrevenant aux prescrits constitutionnels en la matière, Fatshi avait superbement ignoré les indispensables délibérations en conseil des ministres dans un exécutif de coalition, suscitant au passage l’ire du premier ministre d’habitude pondéré. Cette esbroufe présidentielle ne pouvait pas ne pas faire tâche d’huile dès lors que certains juges constitutionnels, dont l’inamovibilité constitutionnelle avait été outrageusement violée par le président de la République pressé de modifier la composition de la haute cour, ont décidé d’enclencher la procédure de mise en accusation du chef de l’État pour haute trahison. La rentrée politique de septembre, budgétaire par essence, risque d’être beaucoup plus mouvementée qu’il n’y fallait.

COCKTAIL EXPLOSIF

Pendant ce temps, le parti présidentiel qui était sensé assurer le service après vente des résolutions présidentielles a montré à l’opinion sa plus sinistre image sous le leadership du tandem kasaïen Kabuya-Kabund. Alors que pour diverses raisons toutes les forces vives avaient battu le pavé sur fond d’un déficit criant de cohésion nationale, les marches de l’UDPS ont été les seules à occasionner des pillages, des saccages, des émeutes et des pertes en vies humaines aussi bien dans les rangs des forces de l’ordre que dans ceux des manifestants du parti présidentiel qui tient pourtant les rênes du ministère de l’intérieur. Même lorsque les autres formations politiques manifestaient pacifiquement sans grabuges, l’UDPS mettait un point d’honneur à jouer aux troubles fêtes, en s’en prenant ostentatoirement devant son siège national de Limete aux militants revenant paisiblement des manifestations politiques, dont au moins une cinquantaine ont été grièvement blessés.

Tous ceux qui s’interrogeaient sur le comportement violent de l’UDPS et sur les menaces reccurentes brandies avec outrecuidance contre les adversaires politiques par le duo Kabuya-Kabund (« vous allez nager », « le FCC que vous voyez aujourd’hui, vous ne le verez plus », etc.), ont été servis par les derniers développements de l’actualité. Il a été prouvé noir sur blanc que l’UDPS avait sous sa main plusieurs milices dont certaines ont agi à visage découvert à Kasumbalesa et à Kinshasa la capitale, dans le quartier Kingabwa. Et c’est un éminent membre du cabinet présidentiel, en l’occurrence le directeur administratif de la maison civile du chef de l’État, l’Abbé Pierre Mutanga, connu pour ses liens privilégiés avec le défunt chef de la maison civile et oncle paternel du chef de l’État, qui avait reçu mission de donner une formation militaire à ces milices recrutées sur une base tribale, au vu et au su d’une opinion kinoise médusée. C’est finalement à la troisième session de formation de la milice UDPS « gardiens de la paix » sous surveillance de la garde présidentielle que la police viendra déloger ces hors-la-loi, non sans compter une énième fois des blessés graves dans ses rangs à l’issue de l’échange de tirs nourris avec les miliciens.

C’est dans cette atmosphère politique très tendue que l’opposant Martin Fayulu qui continue à revendiquer sa victoire à la dernière élection présidentielle a fait un retour triomphal dans la capitale et annoncé des actions d’envergure pour mettre en mal le pouvoir en place dont le confort est pourtant sujet à question.

Le peuple congolais qui en a assez de prendre son mal en patience n’attend que le jour où l’enfer dans lequel il a été précipité prendra fin. Le pays va mal. La RDC va de plus en plus mal. Il faut en tirer toutes les conséquences. Entre temps, quel gâchis !

JBD

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *