Vital Kamerhe : La Victime expiatoire de l’État de droit ( Tribune de Christelle K)

ACTUALITÉ POLITIQUE

Il avait tort de trop se rapprocher du soleil. Le voilà qui, à l’instar d’Icare, se retrouve avec des ailes consumées par l’incandescence de l’astre lumineux. Et pourtant Vital Kamerhe refusait de se rendre à l’évidence, avant son emprisonnement le 08 avril 2020, que son sort était déjà scellé. Coupable d’avoir signé un accord à Nairobi privant Félix Tshisekedi de son droit à un éventuel deuxième mandat constitutionnel, Vital avait résolu de prendre la direction du cabinet de son devancier pour s’échauffer avant le grand jour. Un excès de zèle qui n’était pas du goût des stratèges tshisekedistes déterminés à bouffer du Kamerhe à toutes les sauces.

En effet, pendant quatre longs mois, les Congolais ont eu droit à la longue saga à rebondissements baptisée « procès 100 jours ». Les « 100 jours » dont question sont des projets de transformation par bâton magique du destin des Congolais que le nouveau président de la République avait vendu à l’opinion à coup de renfort médiatique comme pour montrer à quel point ses prédécesseurs avaient démérité. Ce beau rêve d’enfant ayant tourné au ridicule, les experts de l’UDPS ont décidé d’en faire porter le chapeau à un homme, pour sauver le système. C’était l’occasion rêvée par ailleurs de se débarrasser d’un allié encombrant qui raccourcissait le séjour de Félix Tshisekedi au sommet de l’État sur base d’accords électoraux chahutés.

Ils sont nombreux parmi les Congolais à avoir vu d’un bon œil l’interpellation du directeur de cabinet d’un président de la République, perçue au premier abord comme un gage substantiel de la fin du règne des intouchables. Mais hélas, leur optimisme s’effrite au fil de jours avec la politisation à outrance du procès Kamerhe.

DES FAITS TROUBLANTS

Pendant le déroulement du procès, le juge président qui avait laissé du temps au prévenu Kamerhe d’apporter ses moyens de défense fut accusé dans la foulée par le camp présidentiel d’avoir laissé Kamerhe profiter de cette tribune pour faire un meeting politique. Après un rendez-vous vespéral à la présidence de la République, le juge Raphaël Yanyi fut déclaré mort le lendemain, et tout a été mis en œuvre pour que la version officielle du médecin légiste d’une mort par hématomes ne gagne pas le terrain. Un autre juge beaucoup moins accommodant pour Kamerhe fut désigné pour poursuivre les audiences avant d’être promu à la faveur d’une ordonnance présidentielle au tribunal où le prévenu est sensé faire appel. Et que dire de l’avocat principal de la partie civile qui a été bombardé juge à la Cour Constitutionnelle, après avoir touché une rondelette somme de 200.000 dollars américains d’honoraires avec son confrère Me Coco Kayudi? Quant aux deux communicateurs de l’UNC qui éveillaient les soupçons dans les médias sur la politisation à outrance du procès Kamerhe, ils ont été réduits au silence, l’un par la carotte, l’autre par le bâton. En l’occurrence, Gabin Lulendo a été nommé DGA de l’ex ONATRA, et Papy Okata a été tout simplement embastillé pour outrage à la famille présidentielle.

Alors que la plupart des accusés au « procès 100 jours » jouissent de leur liberté, Vital Kamerhe, dont on ne peut pas raisonnablement craindre l’hégire, s’est vu systématiquement refuser la liberté provisoire toutes les fois qu’il l’a sollicitée. À la prison centrale de Makala où les locataires ont tous droit aux visites, Vital Kamerhe qui n’avait jamais reçu une seule visite de ses alliés de l’UDPS s’est vu interdire toute visite autre que celles des membres de sa famille nucléaire, après le passage de l’abbé Nshole pour une visite pastorale et de Néhémie Mwilanya pour réconforter un « frère » du Sud-Kivu. Pour couronner le tout, le directeur de cabinet ad intérim du président de la République ne s’est embarrassé d’aucune retenue pour demander par sa lettre officielle numéro 1163/07/2020 du 21/07/2020 à la ministre des affaires étrangères de veiller à ce qu’aucun visa ne soit accordé aux avocats français de Vital Kamerhe.

Devant cette avalanche d’acharnement du camp de Félix Tshisekedi, le doute est désormais permis quant à la culpabilité réelle de Vital Kamerhe. Tout porte à croire que les tshisekedistes tiennent la victime expiatoire de leur quinquennat renouvelable qu’ils ne sont prêts à relâcher sous aucun prétexte.

Christelle K.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *