Spoliation des immeubles de l’État par Puis Mwabilu et André Lite : Les journalistes investigateurs dudit dossier se disent être en danger!

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Mis en cause dans une série de spoliation des immeubles de l’État
PIUS MWABILU BOTTE EN TOUCHE, ANDRÉ LITE PASSE AUX AVEUX

Correspondance particulière
Par Bobo Boliko

L’affaire a fait l’effet d’une bombe lorsque le week-end dernier, pas moins de trois médias en ligne ont fait des révélations documentées sur la soustraction frauduleuse au domaine privé de l’État d’un immeuble au centre d’affaires de la capitale congolaise qui n’a pas traîné pour appartenir désormais à la famille de la première dame Denise Nyakeru. Selon les investigations de nos confrères qui ont recoupé plusieurs sources, l’initiative serait venue de deux ministres du FCC (plateforme politique de l’ancien président Joseph Kabila) qui cherchaient ainsi à s’attirer les faveurs de la première dame dans l’espoir de disposer d’une couverture supplémentaire en haut lieu. Encouragé par l’entourage de l’ancien vizir du chef de l’État, son tout puissant directeur de cabinet Vital Kamerhe décrit comme « cousin » de la première dame – certainement en raison de leur appartenance commune à l’ethnie shi du Sud-Kivu -, André Lite Asebea, ministre des droits humains de son état, se serait servi d’une petite nièce de maman Mobutu résident en Belgique, et dont la résidence familiale à Kinshasa serait voisine de la sienne au quartier Macampagne, pour revendiquer au nom de sa famille cet immeuble, avant de le fourguer à la première dame, pressée, selon l’auteur, de « disposer d’une propriété dans le quartier des riches à la Gombe ».

Face à ces accusations scabreuses, les deux membres du gouvernement sont sortis de leur réserve, chacun à sa manière et selon son tempérament, afin d’essayer tant bien que mal de se disculper.

LA DÉFENSE DE PIUS MWABILU

Le ministre d’État, ministre de l’urbanisme et habitat, ne s’est pas montré très enclin à réagir sur le vif à une enquête méticuleuse dont les détails semblaient dévoiler la connaissance intime du dossier par les lanceurs d’alerte. Évitant d’aller au clash avec des personnes tapies dans l’ombre qui avaient visiblement plus d’un tour dans leur carquois, Pius Mwabilu qui maîtrise à perfection la perfidie de la presse kinoise a préféré faire diversion. Évitant soigneusement le script et l’argumentaire de ses accusateurs, il a préféré publier 48 heures plus tard un communiqué dans lequel il accuse des spoliateurs des immeubles de l’État traqués par son action au gouvernement et qui auraient toutes les raisons d’être « derrière cette campagne de diabolisation ». « Ils ont peur, a-t-il poursuivi, de la mise en œuvre d’une imminente campagne de récupération des biens immobiliers de l’État qu’ils ont spoliés ». Dans sa stratégie communicationnelle consistant à se dédouaner pour la forme en criant à son tour au voleur, Pius Mwabilu a poussé la diversion très loin en amenant l’opinion sur le terrain des réformes qu’il aurait initiées afin de doter les propriétés immobilières de l’État des certificats d’enregistrement dans le but de faire valoir ses droits dans des cours et tribunaux en cas de procès. Même sans convaincre, le ministre de l’urbanisme et habitat aura au moins échappé au silence coupable face à des évidences qui le clouaient au pilori.

LA BOURDE D’ANDRÉ LITE

Tel n’a pas été le cas de son collègue des droits humains, l’impétueux André Lite Asebea. Réagissant sur le coup de l’émotion, André Lite a d’abord bourlingué auprès de ses parrains politiques dans la ville le dimanche 26 juillet dernier, clamant bible à la main son innocence. Des témoins affirment qu’il agissait exactement comme le tristement célèbre Jamal du procès 100 jours dont les kinois ont retenu la formule : « je suis ounocent ». À la seule différence que Jamal jurait au nom d’Allah, alors qu’André Lite le faisait au nom du dieu de Branham. Avant de se rendre tard dans la soirée sur les hauteurs du CNS où il s’est morfondu en excuses, André Lite, toujours sous le coup de la panique, a téléphoné à notre confrère dont nous gardons l’anonymat pour publier illico presto un démenti qui a manifestement compromis le peu de présomption d’innocence dont il pouvait encore jouir.
« En tant que ministre des droits humains, j’ai le devoir de défendre et de promouvoir les droits politiques, civils et économiques de tous les Congolais sans exception. C’est dans ce cadre que je reçois à mon cabinet les doléances et les plaintes de tous ceux dont les droits sont bafoués ou violés, et je les oriente vers les ministères des collègues concernés pour examen », s’est-il défendu. Un peu comme pour justifier ses bons offices auprès de son collègue de l’urbanisme et habitat dans la spoliation incriminée comme si son ministère des droits humains avait comme entre autres attributions d’être la boîte à lettre transversale de tous les autres ministères.

André Lite ne nie pas pour autant la relation des faits tels que rapportés fidèlement par nos confrères. Au contraire, il en donne des précisions croustillantes : « …mon cabinet a été saisi par l’avocat de la famille Mobutu d’ailleurs pour 4 dossiers de leurs biens ravis. Il s’agit de cet immeuble de Pumbu à la Gombe, une concession à N’djili Brasserie, la concession abritant le foyer maman Mobutu sur 13ème rue Limete et un autre bâtiment qui abriterait les affaires foncières toujours à Limete ». « Constatez avec moi que le ministre des droits humains fait son démenti un dimanche, jour non ouvrable, fait remarquer un criminologue. On peut en déduire qu’il énumère de mémoire, sans avoir besoin de se référer à un sous-bassement, les immeubles de l’État qui font partie des biens à spolier par ses soins et grâce à la complicité de Pius Mwabilu », objecte-t-il. Il va de soi par ailleurs que si l’immeuble ex Plastica de la rue Pumbu a déjà effectivement changé de propriétaire, il n’y a aucune raison que les trois autres immeubles, faisant partie du même package ne passent pas eux-aussi à la moulinette.

Mais il y a pire. Enivré par l’émotion et la trouille, André Lite dévoile un autre pan de ce qui ressemble à une vaste maffia dédiée à la spoliation en règle des immeubles parmi les plus prestigieux de l’État. Dans leur appétit vorace, sous prétexte de rendre justice à la famille Mobutu, André Lite et le ministre de l’urbanisme et habitat ont même déjà aliéné des palais présidentiels. Et c’est le ministre des droits humains en personne qui vend la mèche : « mais je vous informe que la famille Mobutu a déjà récupéré les résidences présidentielles de Goma et d’Isiro. Pourquoi mes détracteurs n’en parlent pas?” lance André Lite.

Pour mémoire, il y a quelques semaines, TV5 Monde s’était fendu d’un reportage sur la vente de l’ancien palais présidentiel de Goma qui sert de gouvernorat à la province du Nord-Kivu. Et, tenez-vous bien, un proche de Vital Kamerhe, le nommé Vaney Bishwekwa serait le nouvel acquéreur de cet immense domaine présidentiel au bord du lac Kivu contre la maudique somme de 500.000 dollars américains seulement. L’opinion publique du Nord-Kivu est actuellement vent debout contre cette humiliation subie par la province et a reçu un soutien de taille lors du procès ouvert à cet effet sur place à Goma. Ancienne propriétaire de cette concession, la famille Ngezayo a apporté les preuves du rachat de cette propriété par l’État congolais au travers de l’emblématique gouverneur de l’époque, l’honorable Konde Vila Kinkanda. N’en déplaise à André Lite et à leur réseau de spoliation des immeubles de l’État encore en activité, cet immeuble n’a jamais appartenu à la famille Mobutu comme le sont certainement la plupart d’immeubles désaffectés avec beaucoup de légèreté par des simples lettres du ministre de l’urbanisme et habitat, sans aucun procès public ayant pu permettre à l’État congolais d’apporter ses moyens de défense.

Le nœud de l’énigme de cette tragédie demeure la résidence présidentielle d’Isiro, ville d’origine du ministre des droits humains. Selon des informations confirmées par les autorités provinciales du Haut-Uélé, le palais présidentiel d’Isiro serait déjà enregistré au nom d’un des fils d’André Lite Asebea. Plus besoin de faire un dessin pour clore les débats.

Nos confreres avaient donc raison de dire qu’il n’y a pas de crime parfait et que tous ceux qui sont mis en cause dans ce réseau maffieux n’auront aucun mal à être rattrappés par la justice. Ceci est d’autant plus vrai qu’à l’avènement de Mzee Laurent Désiré Kabila, un Office des Biens Mal Acquis (OBMA) avait été mis en place pour récupérer le patrimoine public spolié pendant la deuxième République. Quant aux biens de la famille Mobutu qui pouvaient être considérés comme ayant été maladroitement confisqués, Nzanga Mobutu s’était lui-même chargé de les récupérer lorsqu’il faisait partie du gouvernement Gizenga en tant que vice-premier ministre. L’on se souviendra que dans ce gouvernement de coalition issu des élections de 2006, le fils Mobutu qui avait apporté son soutient au candidat Kabila ne rencontrait pas d’obstacles à ses revendications légitimes et à celles de sa famille. D’où vient donc que 10 ans plutard, un ministre des droits humains, fervent défenseur des droits politiques, civils, économiques et culturels des congolais devant l’Éternel, fasse des biens hypothétiques de la famille Mobutu sa priorité ?

Il a beau clamer son appartenance à la CCU de Lambert Mende, André Lite est à mille lieues du lumumbisme, surtout lorsqu’il dit exceller dans la défense des biens du dictateur Mobutu qui en a fait voir de toutes les couleurs aux lumumbistes, non sans avoir été le principal bourreau congolais du héros national. Il faut souligner qu’au moment où nous mettons en ligne cette seconde partie d’investigation, les confrères qui mènent ce travail et qui se retrouvent déjà à Goma pour investiguer sur la spoliation du gouvernerait du Sud Kivu sont sous menaces des Ministres incriminés qui exercent de fortes intimidations sur des rédactions pour museler la presse au moment où la grande chanson au Congo Kinshasa est l’Etat de droit. Quid quid latet apparebit !

BoBo Boliko

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