Enjeu et perspective du Sommet extraordinaire Chine-Afrique sur la solidarité contre la COVID-19 : « La Chine est prête à travailler davantage avec la RDC dans la formation professionnelle et les échanges des personnels soignants » a dit l’Ambassadeur Zhu Jing

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Le Sommet extraordinaire Chine-Afrique sur la solidarité contre le COVID-19 a eu lieu le 17 juin en adoptant une déclaration conjointe. S.E.M. l’ambassadeur ZHU Jing a accepté l’interview écrite de quelques média congolais comme le Forum des As, l’Avenir, la Presse Libre, l’Actualité, la Connexion243 etc. Voilà les questions et les réponses.

Quel est le contexte et le sens du Sommet extraordinaire Chine-Afrique sur la solidarité contre la COVID-19 au moment où certains pays sont en déconfinement et d’autres encore en confinement ?
ZHU Jing : Le Sommet extraordinaire Chine-Afrique sur la solidarité contre le Covid-19 est la première rencontre collective au niveau de chef d’Etat et de gouvernement entre la Chine et l’Afrique depuis l’apparition du COVID-19. Le Sommet a eu lieu à un moment clé de la lutte mondiale contre la pandémie Covid-19. D’abord, la Pandémie, qui a fait plus de 8,5 millions de malades et plus de 450,000 décès, continue de se propager dans le monde avec notamment une accélération sur le continent africain, faisant plus de 290,000 cas confirmés et près de 8000 décès. Deuxièmement, des pays ayant réussi à mettre sous contrôle l’épidémie commencent à se déconfiner et s’engagent dans la reprise des activités économiques et sociales, mais toujours face au risque de rebondissement épidémique. Troisièmement, les impacts de la pandémie sur l’économie mondiale sont de plus en plus manifestants. Certains pays, notamment en Afrique, souffrent des difficultés majeures. Il est donc impératif de renforcer davantage la solidarité et la coopération internationale, et prioritairement en faveur de l’Afrique, d’où l’initiative conjointe de la Chine, de l’Afrique du Sud assurant la présidence de l’Union Africaine, et du Sénégal en tant que président en exercice du Focum de Coopération Chine-Afrique (FCSA) d’organiser ce sommet.
La Chine et l’Afrique ont joué ensemble le rôle de pionnier de coopération internationale dans la riposte mondiale contre la pandémie Covid-19, et renforcé la solidarité fraternelle sino-africaine. Face au virus, le partenariat de coopération globale et stratégique sino-africain se montre plus résiliant et plus dynamique. Les peuples chinois et africains sont plus proches que jamais. La communauté d’avenir partagé sino-africain s’est approfondie.

Concrètement dit, quels sont les acquis les plus importants de ce sommet extraordinaire ?
ZHU Jing: Les dirigeants participant au Sommet ont mené des discussions pratiques et efficaces, dans un atmosphère très amical. Ils sont parvenus à de larges consensus qui se résument en trois points.
D’abord, renforcer les actions conjointes sino-africaines dans la riposte contre le COVID-19 et construire ensemble une communauté de santé. La Chine continuera la mise en oeuvre des mesures annoncées par le président XI Jinping à la 73ème Assemblée mondiale de la Santé en faveur de l’Afrique. La fourniture de matériels et l’envoi de groupes d’experts médicaux aux pays africains se poursuivront, avec des mesures de facilitation aux derniers pour leur commande en Chine de produit sanitaire et pharmaceutique. La Chine décide de démarrer en avance les travaux du siège du CDC africain d’ici la fin de l’année 2020, et travaillera avec l’Afrique pour mettre effectivement en œuvre l’initiative pour la santé dans le cadre du FCSA, accélérer la construction des hôpitaux d’amitié Chine-Afrique et favoriser les partenariats entre hôpitaux chinois et africains. Elle s’engage aussi à donner aux pays africains un accès prioritaire au vaccin lorsqu’il sera développé et déployé. En ce qui concerne la dette, la Chine est prête, dans le cadre du FCSA, à annuler les prêts sans intérêt arrivant à échéance fin 2020 des pays africains concernés, et à travailler ensemble avec la communauté internationale pour accroître le soutien aux pays africains par l’allongement du délai de remboursement de leur dette.
Deuxièmement, renforcer la solidarité sino-africaine et continuer à se soutenir mutuellement sur les questions liées à nos intérêts vitaux et préoccupations majeures. La Chine soutient la mise en oeuvre par l’Afrique de l’initiative “ Faire taire les armes en Afrique”, réclame une levée rapide des sanctions économiques contre le Zimbabwe et le Soudan, et s’oppose à toute ingérence extérieure dans les affaires intérieures africaines. L’Afrique appuie la position de la Chine sur les questions concernant Taiwan et Hong Kong, ainsi que les efforts de la Chine visant à préserver la sécurité nationale à Hong Kong en vertu de la loi.
Troisièmement, poursuivre fermement le multilatéralisme. Il convient de préserver le système de gouvernance mondiale centré sur les Nations Unis et de soutenir le rôle joué par l’OMS dans la riposte contre le COVID-19. La Chine et l’Afrique réaffirment leur opposition à la politisation de l’épidémie, à l’étiquetage du virus et à la discrimination raciale et au préjugé idéologique.
Comme le président XI Jinping a souligné dans son allocution au Sommet, les consensus susmentionné fait preuve de la détermination des pays africains et de la Chine à relever ensemble le défi du Covid-19, et montre la bonne direction et la feuille de route pour la coopération sino-africaine.

Pourquoi ce sommet n’a pas concerné tous les pays africains?
ZHU Jing : Le Sommet a eu lieu sous forme de visioconférence. Techniquement, il n’est pas encore possible réunir tous les dirigeants du continent. Mais il ne s’agit pas d’un cercle resteint, puisque toute l’Afrique y est concerné. D’abord parmi les participants au sommet, on trouve des membres de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine(UA) et les présidents tournants des principales organisations sous-régionales de l’Afrique, telles que la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la Communauté de développement d’Afrique australe (CDAA) , ainsi que le président du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et de la Commission de l’UA, ce qui assure une large représentation du continent. Le secrétaire général des Nations unies et le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé étaient aussi présents au sommet comme invités spéciaux. Ensuite, les résultats du sommet sont voués à être mis en oeuvre à l’échelle du continent africain. Tous les pays africains ayant relations diplomatiques avec la Chine y participeront et en seront bénéficiaires.

Les mesures annoncées par le président Xi Jinping sont-ils réalisables au moment où la crise sanitaire entraîne une crise économique mondiale ? Qu’attend la RDC qui voudrait améliorer la coopération sino-congolaise ?
ZHU Jing : La Chine est un pays qui tient la parole. Elle ne signe jamais de chèque blanc. Nous sommes prêts, dès maintenant, à se mettre en action, avec les partenaires africains, pour concrétiser les acquis du sommet par le biais du mécanisme bilatéral et multilatéral. La crise où nous sommes est une crise globale. Pour s’en sortir, il faut une vision globale et des mesures au delà du domaine sanitaire. Le président Xi Jinping a dans son allocution, appelé à renforcer la coopération dans le cadre de l’Initiative « la Ceinture et la Route » et accélérer la mise en œuvre des acquis du Sommet de Beijing du Forum sur la Coopération Chine-Afrique, en mettant davantage l’accent sur la santé, la reprise des activités et l’amélioration du bien-être de la population. Il a également réaffirmé le soutien de la Chine dans la construction de la zone de libre-échange africaine, aux renforcement de la connectivité et à l’amélioration des chaînes industrielles et d’approvisionnement sur le continent africain. La Chine est prête à œuvrer avec l’Afrique pour élargir la coopération dans l’économie numérique, la ville intelligente, l’énergie propre, la 5G et d’autres nouvelles formes d’activité, de sorte à contribuer au développement et à l’émergence de l’Afrique.
La République démocratique du Congo est partenaire stratégique de la Chine en Afrique et occupe une place importante dans la coopération sino-africaine. En tant que le 1er vice-président de l’UA, le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a donné une grande contribution à la réussite du Sommet extraordinaire Chine-Afrique sur la solidarité contre le COVID-19. Malgré les difficultés causées par la pandémie, la coopération sino-congolaise continue de marquer du progrès concret, que ce soit sur le chantier du Centre culturel et artistique de l’Afrique centrale à Kinshasa, ou dans la réalisation de projets d’investissement minier, sans parler de notre coopération sanitaire exemplaire. Avec la reprise des activités économiques en Chine, on observe une remontée du prix de produits miniers et une augmentation d’exportations de cuivre vers la Chine, ce qui est une bonne nouvelle pour la RDC.

Quelle est la situation de la pandémie en Chine, surtout que Pékin connait la 2e vague? Quelle est la situation actuelle des étudiants congolais ?
ZHU Jing : Globalement, la situation épidémique reste sous contrôle en Chine. Mais nous continuons de recenser des cas venus de l’étranger qui se totalise jusqu’au 21 juin 1876 cas. En même temps, le risque de rebondissement des cas locaux est élevé avec l’apparition d’un nouveau foyer à Beijing. Les autorités locales ont réagi très vite avec la mise en place des mesures strictes de prévention et de contrôle qui sont en train de prendre effet. Selon l’épidémiologiste en chef du Centre de prévention et de contrôle épidémique de Bejing, on a réussi à contrôler la situation. Mais on reste hautement vigilant, avec le dépistage massif et le confinement des quartiers à haut risque. Tout est fait pour éviter une deuxième vague. D’après des données statistiques préliminaires, il y a 136 étudiants congolais à Beijing. Ils sont tous sain et sauf.

Est-ce que l’expérience de la Covid-19 va pousser la Chine et la RDC à revoir leur coopération sanitaire ? En clair, quelles perspectives pour cette coopération après le coronavirus ?
ZHU Jing : La Chine et la RDC sont partenaires naturels dans la riposte contre les maladies infectieuses. Chacun d’entre nous dispose de riches expériences en la matière et la coopération était fructueuse. La lutte contre la pandémie COVID-19 nous offre une occasion de pousser notre coopération sanitaire à un niveau plus élevé. Je pense d’abord à la construction et l’amélioration des infrastructures sanitaires. La mise en service de l’ Hôpital Général de référence de Haut-Katanga à Lubumbashi en est une des priorités. Ensuite, la Chine est prête à travailler davantage avec la RDC dans la formation professionnelle et les échanges des personnels soignants. Sur ce point, la Mission médicale chinoise en RDC pourront jouer un rôle positif. En plus, notre coopération devrait élargir dans le domaine de la recherche scientifique et la promotion des médecines traditionnelles.

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