« Nous souhaitons conserver les acquis de la stabilité, tout en poursuivant la transformation structurelle de notre économie dans une logique de développement inclusif » N. Mwilanya sur Jeune Afrique

ACTUALITÉ POLITIQUE

Pouvez-vous nous présenter le FCC ? Quels sont ses origines et ses objectifs ?
Le Front Commun pour le Congo (FCC) a été créé en février 2018 par l’ancien Président Joseph KABILA qui en est l’Autorité morale dans un contexte pré-électoral plein d’incertitudes quant à l’avenir du pays. Il s’agit d’une méga-plateforme politique, regroupant un large éventail de forces politiques de la République Démocratique du Congo (RDC) afin de défendre les intérêts vitaux du pays.
C’est le résultat d’une volonté tenace de son initiateur de rassembler, bien au-delà des clivages politiques, tous ceux (partis politiques, organisations de la société civile, personnalités, etc.) qui sont soucieux de préserver les acquis des 17 années de règne de Joseph KABILA : la paix et la stabilité mais également les prouesses démocratiques et les réformes pour la bonne gouvernance politique et économique cristallisées autour de la décentralisation territoriale effective et des différentes structures et mécanismes de régulation de la gestion économique et financière du pays tels que la chaîne de dépense, l’Autorité de régulation des marchés publics, l’Agence nationale pour la promotion des investissements ayant permis de booster la croissance économique du pays jusqu’à frôler les deux chiffres et à élever les réserves de change au-delà d’un milliard USD. Fort de ces résultats, le FCC regarde aussi vers l’avenir et souhaite poursuivre l’émergence du pays à travers les transformations politiques, économiques et sociales dont la RDC a besoin.
Au total, 220 formations composent le FCC dont 16 ont ramené à elles seules, les deux tiers de la Majorité parlementaire actuelle. Nous avons le sentiment, de toute évidence, de porter les aspirations profondes de la société congolaise.
Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à vous allier au CACH ? Quels sont les objectifs de cette alliance ?
L’alliance avec le mouvement Cap pour le Changement (CACH) s’inscrit dans la même logique de rassemblement patriotique en vue de la stabilité et du développement du pays. Elle est d’autant plus pertinente que nous avons (le FCC et le CACH) les mêmes affinités idéologiques. Sur l’échiquier politique, nous nous situons clairement, et sans ambiguïtés, dans le camp des forces progressistes.
La solidité de cette alliance réside dans la clarté de la vision stratégique, des objectifs et des moyens pour les atteindre. Elle est le résultat d’un long processus de négociation qui a démarré avec les premiers contacts, en 2015, en Italie et en Espagne. Un dialogue formel et ouvert à toute la classe politique a été lancé par la suite respectivement sous le patronage de l’Union Africaine et de la Conférence épiscopale du Congo, avec pour résultat, la feuille de route des scrutins de décembre 2018 et l’engagement de gouverner ensemble. Un vrai pacte national pour la promotion des valeurs positives de notre société.
Le FCC a gagné haut la main les législatives puisqu’il a remporté 342 sièges de députés (sur 500), tandis que le CACH a remporté 49 sièges, soit une majorité plurielle de 391 sièges. Ces élections se sont tenues le même jour avec l’élection présidentielle qui, elle, sera remportée par Félix Antoine TSHISEKEDI avec 38,57% des voix. Une passation civilisée et apaisée du pouvoir entre Joseph KABILA et Felix Antoine TSHISEKEDI a eu lieu le 24 janvier de cette année à la surprise générale des prophètes des malheurs. De quoi rendre un hommage mérité à Joseph KABILA, pour avoir respecté la Constitution de son pays et à Son allié, tous deux leaders actuels de la coalition, devenus ainsi des acteurs de la première transition sans violence ni effusion de sang de l’histoire congolaise. Un élément qui mérite d’être souligné, surtout dans le contexte de la région des Grands lacs, et particulièrement, en Afrique centrale.
La dernière étape a été la constitution du gouvernement de la RDC, dirigé par le Premier Ministre Sylvestre ILUNGA ILUNKAMBA, et dont la composition a été rendue publique le 26 août 2018. Le bilan de l’alliance est donc, à ce jour, largement positif.
L’étape qui s’ouvre est celle d’une réelle gouvernance commune.
Quelle appréciation portez-vous sur ce gouvernement ?
Son premier mérite est déjà celui d’exister.
Il a fallu d’abord se mettre d’accord sur un programme commun de gouvernement : sept mois de discussions ont été nécessaires pour aboutir à un texte cohérent et crédible. Chacune des deux parties, qui hier se combattaient, a dû faire des concessions. C’est ce qui explique que le gouvernement n’ait été connu qu’au bout de plusieurs mois après la prise de fonctions du nouveau président.
Pour la toute première fois de l’histoire du pays, on a parlé d’abord « programme » avant de parler « partage des responsabilités » en RDC.
Je note plusieurs caractéristiques intéressantes de ce nouveau gouvernement. La place des femmes et des jeunes est en progression, ce qui s’inscrit dans notre stratégie de promotion du genre. Madame Elysée MUNEMBWE TAMUKUMWE, issue du FCC, occupe une position clé puisqu’elle est Vice-Premier Ministre et Ministre du Plan. Plusieurs femmes sont Ministres d’Etat : c’est le cas, par exemple, de Madame Marie TUMBA NZEZA, issue du CACH, qui détient le portefeuille stratégique des Affaires Étrangères ou encore celui de Madame Béatrice LOMEYA qui s’occupe du Ministère de Genre, de la famille et de l’enfant.
Je rappelle également que, pour la première fois dans l’histoire de la RDC, une femme proposée par Joseph KABILA a été élue à la présidence de l’Assemblée Nationale, Madame Jeannine MABUNDA LIOKO, qui est par ailleurs membre du FCC.
Il convient, enfin, de rappeler que 70% des parlementaires ont moins de 45 ans. J’y vois, personnellement, une volonté claire de la part des dirigeants de la coalition, particulièrement de l’ancien Président KABILA, de mettre en œuvre son crédo du renouvellement progressif de la classe politique de la RDC, ce qui ne peut avoir que des effets bénéfiques à moyen et long terme.
Quels sont les défis du gouvernement ?
Pour le FCC, le premier défi est et demeure celui de la consolidation de la paix et de la stabilité. C’est la condition indispensable afin de pouvoir conduire une stratégie efficace de développement de la RDC sur la durée et assurer la cohésion nationale.
Le deuxième défi est celui de la réponse aux nombreuses attentes légitimes de la population dans le domaine social. Celles-ci sont très importantes, aussi bien en ce qui concerne la création d’emplois pour la jeunesse que l’amélioration du niveau et des conditions de vie (logement, éducation, santé, accès à l’eau et à l’électricité, etc.). La réponse à ce défi social conditionne à son tour la consolidation de la paix et de la stabilité. Un programme ambitieux connu sous la dénomination des cinq chantiers de la République avait déjà posé les jalons dans ce secteur sous Joseph KABILA.
En tout état de cause, on ne pourra répondre à ce défi social que par un développement soutenu de l’économie de la RDC. Et ce ceci ne sera possible que grâce à la mobilisation des capitaux privés et à l’amélioration du climat des affaires. Ce qui suppose aussi des réformes courageuses dans le secteur de la Justice en vue de lutter efficacement contre la corruption. Nous voulons promouvoir l’entrepreneuriat en RDC et favoriser l’émergence d’une classe moyenne dynamique. L’investissement privé est une priorité stratégique pour le FCC.
Et au plan administratif et politique ?
Le troisième défi est celui de la réforme de l’État. Le coût des élections nous semble excessif et nous pensons qu’il faut réduire les dépenses liées aux procédures électorales et à l’élasticité même du processus électoral dont le cycle compte pas moins de neuf scrutins. L’ancien Président Joseph Kabila l’a toujours souligné.
La multiplicité des partis politiques sans assises politiques et idéologiques réelles reste également une pesanteur à dégager absolument, en vue de permettre à ces derniers de jouer efficacement leur rôle constitutionnel de concourir à l’expression de suffrage, de renforcer la conscience nationale et de participer à l’éducation civique.
Il nous semble nécessaire, par ailleurs, de procéder à une réforme de la décentralisation. Il y a des dysfonctionnements au niveau des institutions provinciales reconnus de tous. Il faut repenser le système de manière à renforcer également la transparence dans la gestion des ressources allouées aux provinces, tout en gardant l’objet crucial de mettre fin à l’imposition des décisions depuis la capitale. La prise en compte des attentes au niveau local s’intègre parfaitement dans notre stratégie de développement inclusif.
Par-delà tout, il faut poursuivre l’effort de la transformation des mentalités de nos concitoyens. La poursuite de la reconstruction de notre beau pays en dépend.
Tout cela relève pour l’instant des réflexions légitimes à partager avec tous les partenaires politiques de la coalition.
Comment voyez-vous les relations avec les partenaires extérieurs de la RDC ?
Nous avons toujours eu des très bonnes relations avec nos partenaires extérieurs : les États-Unis, la Chine, l’Union européenne, et autres pays émergents. Mais il y a eu aussi dans le passé des malentendus. Il est temps de tourner la page. Je pense que l’alternance réussie et pacifique constitue une réelle opportunité pour bâtir une nouvelle étape dans la coopération avec nos partenaires extérieurs, sans préjugés bien entendu, selon le principe gagnant-gagnant et dans le respect mutuel.

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