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LE ROLE DE LA JEUNESSE CONGOLAISE DANS LE DEVELOPPEMENT ET LA PRESERVATION DE LA PAIX Tribune de Mandack Katako

Au cours de l’année 2016 et en cette année 2017, de nombreux appels ont été lancés aux jeunes de la part des acteurs politiques de tous bords. Placée à dessein au-devant de la scène politique, la jeunesse de la RDC a été ainsi fréquemment appelée à départager d’un côté les partisans de l’eschatologie du grand soir à la date annoncée comme fatidique du 19 décembre 2016 – car elle marquait la fin du deuxième et dernier mandat du président Kabila – et, de l’autre, ceux qui, s’appuyant sur le prescrit de la constitution (dont les articles 70, 103 et 105 stipulent que si les élections n’ont pas été organisées dans les délais prévus par la constitution, le Président de la République en exercice, les Députés nationaux et provinciaux et les Sénateurs restent en fonction jusqu’à l’installation de leurs successeurs respectifs élus).

Entre les mois de septembre et de décembre derniers, des éruptions de violence ont mis aux prises de jeunes extrémistes partisans des deux thèses ou certains d’entre eux et les forces de l’ordre à Kinshasa. Elles ont provoqué des morts d’hommes et des actes de vandalisme et de destruction de biens. Cette effervescence politique permet de réaliser a posteriori à quel point l’espace politique congolais n’a dans sa perception de la jeunesse qu’une acception « utilitaire » au sens péjoratif. Depuis la descente aux enfers du tissu économique national des suites des fameux programmes d’ajustements structurels imposés dans les années ‘80 par les institutions de Bretton Woods, la jeunesse congolaise semble avoir été destinée par une certaine classe politique que comme de la chair à canon, une sorte de bombe à retardement malléable et actionnable au gré des besoins et des ambitions des uns et des autres.

A ce jour, après l’échec de plusieurs tentatives de déstabilisation ou de conquête du pouvoir des rébellions et des agressions armées notamment dans la partie septentrionale de la RDC, ces acteurs politiques qui ne veulent pas du verdict des urnes préfèrent le raccourci des mouvements insurrectionnels faciles à déclencher par la fanatisation de quelques jeunes en quête de repères… Des jeunes auxquels on a fait miroiter l’espoir alléchant d’une reproduction du printemps arabe, comme si un pays comme la RDC, au passé déjà si macabre, pouvait espérer se porter mieux que tous ces pays arabes jadis prospères qui, à l’instar de la Lybie ou l’Irak, sont devenus sous nos yeux des véritables chaudrons. Où il ne fait pas bon vivre et surtout d’être noir au risque d’être vendu comme esclave en plein 21ième siècle .

Ces jeunes deviennent sous leur influence machiavélique des auteurs des actes de violence et de destruction évoquées ci-dessus et ceux auxquels on a assisté il y a encore quelques mois dans la partie centrale du pays (avec le phénomène terroriste qui emprunte illégitimement l’étiquette de Kamwina Nsapu dans l’espace kasaïen). La paix chèrement acquise, au prix, faut-il le rappeler, du sang des millions de nos compatriotes, est ainsi tournée en dérision par des ambitieux sans foi ni lois qui instrumentalisent l’enthousiasme et l’innocente candeur propres à cette catégorie d’âge.

La réponse à la question de situer le rôle de la jeunesse de ce pays que les Pères de l’indépendance comme Patrice Emery Lumumba nous ont légué doit jouer pour le développement et la paix s’articule pragmatiquement en cinq points.

Un enrôlement massif, de préférence volontaire, des jeunes dans les forces de défense et de sécurité, et ce, quel que soit leur niveau de formation scolaire ou académique, au sein des Forces Armées de la République. En effet, le scandale géologique qu’est notre pays entraîne, entre autres conséquences, celle de susciter des convoitises aussi bien dans la région qu’aux quatre coins du monde. Le défunt Président Mobutu avait dit à ce sujet, à bon escient, que ce n’est pas facile d’être le grand Zaïre. Il n’avait pas tort.  Citadelle assiégée, la RDC avec toutes ses potentialités et ses richesses ne peut espérer vivre dans la quiétude que si elle se transformait en une citadelle fortifiée par une armée puissante et dissuasive. La performance des armées repose essentiellement sur la qualité de ses ressources humaines. En effet, ce pays qui ne peut être défendu que par ses propres enfants requiert un rapport nouveau entre sa jeunesse et le drapeau national.

Au regard de toutes les agressions et menaces d’agressions subies par la RDC au cours de ces vingt dernières années, il serait avisé de rendre le service militaire obligatoire à un certain âge ou tout au moins de faire en sorte que tous les jeunes aient le statut de réservistes des forces armées nationales même si ils n’y servent pas obligatoirement, comme en Israël. A cet égard, une question doit nous interpeller : si certaines puissances qui se sont auto érigées en maîtres du monde nous imposent des guerres atroces pour faire main basse sur nos principales ressources minéralogiques, qu’en sera-t-il de la guerre de l’eau qui pointe à l’horizon avec le réchauffement climatique généralisé ?

Pour contribuer efficacement à la préservation de la paix, les jeunes devraient s’appliquer à rompre avec la conception plus ou moins péjorative et porteuse d’impuissance de leur état dans la culture sociopolitique congolaise. Tout se passe en effet comme si ce qualificatif de « jeune » avait une résonnance soit condescendante soit auto dérisoire car accolé à des personnes supposées mal formées ou ne disposant que de compétences insuffisantes, ce qui les rendrait éligibles à toutes sortes de manipulations « moutonnières » à des fins politiciennes, économiques, sociales ou autres. Pourtant, la jeunesse est ontologiquement valorisante dans la mesure où elle est la seule opportunité offerte dans une vie humaine pour se distinguer par toutes sortes de performances sur tous les plans. C’est dans la jeunesse que l’imagination, la créativité, la force et l’audace sont les plus débordantes. L’histoire de l’humanité regorge de prouesses réalisées par des personnes jeunes en commençant pour l’un des plus célèbres pour les croyants chrétiens, Jésus le Christ qui a accompli toute son œuvre dans la fleur de l’âge. En RDC, beaucoup d’exploits qui ont échappé à l’outrage du temps ont été le fait d’hommes et de femmes jeunes. Les hauts faits des Kimpa Vita, Simon Kimbangu, Patrice Lumumba pour notre émancipation politique ont été réalisés alors qu’ils étaient jeunes. Les Wendo, Grand Kallé, Franco, et autres Papa Wemba, pour les Arts, Kibonge, Kalala, Mputu Trésor pour les sports, les érudits comme Mudimbe, Ngal et Malu wa Kalenga qui sont entrés dans la mémoire collective l’ont fait dans leur jeunesse. On peut citer aussi le cas de Joseph Kabila, un jeune officier de l’armée nationale qui, à vingt-neuf ans d’âge seulement en 2001, a hérité de ce véritable pays-continent après l’assassinat de Mzee Laurent Désiré Kabila et qui, a réussi avec un calme olympien, à en récoler les puzzles malgré les difficultés qui ne sont pas insurmontables, loin s’en faut.

La meilleure stratégie à la disposition des jeunes pour contribuer à la promotion du développement et de la paix dans leur pays est de prendre à bras le corps le devenir de la nation qui se construit journellement par un dur labeur, fruit d’une maîtrise décomplexée de la science et de la technologie dans une planète mondialisée dont l’évolution vertigineuse rend la concurrence de plus en plus acharnée. Le génie congolais n’est pas une vue de l’esprit. Il existe. Ce génie qui sommeille dans notre jeunesse du fait des illusions messianiques diffusées à profusion par des politiques en manque d’inspiration et des faux prophètes doit être déverrouillé. L’apogée du Congo ne sera pas une génération spontanée. Ce sera le fruit du travail des jeunes qui doivent arrêter de se décourager devant l’ardeur de la tâche et les sacrifices qu’elle implique et accepter de donner à la mère patrie beaucoup plus qu’ils n’en attendent.

La nouvelle citoyenneté est la quatrième manche de la réponse à la question de l’apport de notre jeunesse au développement et à la préservation de la paix. Elle est inséparable d’une bonne connaissance de notre propre histoire et des leçons qui en résultent. Car, pour s’impliquer dans la cause de leur pays, les jeunes doivent prendre sur eux les humiliations subies par leurs ancêtres qui ont enduré les expériences avilissantes de l’esclavagisme et de la colonisation. Ces deux fléaux continuent à nous être subtilement imposés en dépit de l’abolition, puis de l’indépendance formelle, à travers les échanges économiques non équitables et le néocolonialisme entretenus par un impérialisme décadent qui sont à la manœuvre subtilement, notamment dans les médias dits globaux. Ces descendants d’esclavagistes et de colonisateurs ne réprouvent pas leur héritage, mais manipulent les jeunes Africains et Congolais en particulier en faisant semblant d’être devenus meilleurs défenseurs du respect des droits de l’homme dans notre pays. Leur matraquage médiatique savamment orchestré nous fait passer, nous leurs victimes, pour des sauvages sans aucune considération pour leurs propres enfants, comme si ceux dont ils ont hérité et qui ont enchaîné nos aïeux comme des bêtes de somme, qui ont imposé la chicotte, la corvée, l’amputation des membres à nos grands parents,qui ont assassiné nos Héros Nationaux comme Lumumba ou Mzee Kabila, qui continuent à nous imposer des guerres atroces pour faire main basse sur nos minerais… seraient moralement plus recommandables. Toutes ces réalités historiques et géostratégiques doivent être intériorisées par la jeunesse, fer de lance de l’émergence, pour qu’elle devienne plus consciente de ses devoirs qui sont tout aussi nobles que ses droits. Il y a peu  l’ex-Président français François Hollande répondait sèchement à une analyse très critique du président américain Donald Trump sur l’obsolescence de certaines institutions mises en place par les pays européens en disant que « l’Europe n’a pas besoin de conseils extérieurs pour lui dire ce qu’elle a à faire ». Lui emboîtant les pas, Mme Angela Merkel, la chancelière allemande a répliqué en disant : « Nous, Européens, nous tenons notre sort entre nos propres mains ». Mais curieusement ce sont les mêmes dirigeants Européens qui passent le plus clair de leur temps à nous asséner à nous, Africains, et surtout aux Congolais, des leçons de gouvernance et de gestion en voulant nous obliger de les copier servilement. A nous de comprendre et de se faire une idée…

Pour pouvoir booster le développement et préserver la paix dans notre pays, la jeunesse doit savoir flairer le piège du révisionnisme et du chaos qui consiste à aller de révolution en révolution. Ce révisionnisme perpétuel qui se présente à nous, pavé des meilleures intentions risque de nous faire tourner en rond. A coup sûr, notre pays a déjà atteint ce qui peut être considéré comme le point de non-retour vers la dictature. Avant la tenue des deuxièmes élections démocratiques dans notre pays en 2006, notre peuple avait ployé l’échine sous une dictature qui a été renversée  le 17 mai 1997. Depuis lors, tous les efforts ont convergé vers la restauration de la souveraineté du peuple à travers des élections libres, démocratiques et transparentes. Des élections presque générales ont été tenues successivement en 2006 et en 2011 avant que notre centrale électorale ne soit rattrapée par des crampes sécuritaires et opérationnelles qui ont techniquement rendu irréalisables le scrutin de 2016. C’est ce qui a justifié les différents rounds des négociations politiques qui ont eu pour objectif essentiel de faire converger toutes les intelligences à la rescousse d’un processus électoral fiable et apaisé. L’un tenu sous l’égide de l’Union Africaine a accouché d’un accord le 18 octobre dernier. Cet accord a été complété par un deuxième signé le 31 décembre grâce aux bons offices des évêques catholiques, auxquels cette tâche avait été confiée par le Président de la République. Il faut maintenant retrouver la raison pour sauver l’essentiel, c’est-à-dire le processus électoral et les acquis socioéconomiques de ces dernières années qui ne sont pas négligeables. La téléologie de cette boussole politique ne doit jamais être perdue de vue dans l’évaluation de notre vivre-ensemble pacifique.

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